mercredi 31 décembre 2008

Janvier

Mercredi 9 janvier
Le documentaire sur la mécanique du lynchage médiatique, lequel se nourrit de certaines convictions policières et judiciaires sur certains protagonistes présumés de faits divers (en l’espèce trois parangons : Chouraqui et la prétendue guerre des cliniques, Baudis et le délirant réseau de barbares sexuels, Outreau et ses fantasmés pédophiles), rappelle que les journalistes ne savent toujours pas tirer les leçons des dérives antérieures au point, comme dans l’affaire d’Outreau, d’afficher la même véhémence d’abord contre les monstres d’Outreau puis, lorsque les mensonges de Badaoui et des enfants ont été établis, contre cette infâme justice qui a conduit des innocents en détention préventive. Imaginons un seul instant le déchaînement de la presse si, à l’époque, les accusés avaient été laissés en liberté… Qui influence qui ?

Dimanche 20 janvier, 22h35
Encore un bref passage au rythme de ses envies qui s’achèvent trop vite. Tournis des semaines et des années centrées sur un travail alimentaire.
Carlos décédé à soixante-quatre ans, Heïm a dû en prendre un coup (il est dans sa soixante-quatrième année). Moi, cela m’a d’un coup projeté aux féeriques instants de complicité, entre Hermione, Karl et moi, où nous improvisions, dans ma chambrette du château d’O, un trio musical sur le 45 tours du Loup-garou de Bourgalou. Carlos le jovial offrait, dans ces quelques minutes, toute la jubilation qu’espéraient les préadolescents que nous étions.
A cet instant, je me remémore la configuration précise de ce château reconverti en relais et château de luxe. Il me faudrait relater toutes les atmosphères gardées en moi comme autant de souffles constitutifs…
Pour en revenir au feu fils de Françoise Dolto, sa disparition catapulte ce passé plus loin encore, rendant plus prégnante la nostalgie qui s’y substitue.
Ma maman fêtera, le 5 février prochain, ses soixante ans ! Nous la visiterons à la fin du mois précité pour lui adresser toute notre affection. Ne faudrait-il pas s’efforcer de fréquenter davantage nos ancrages affectifs, familles et amis, plutôt que de laisser couler le sablier sans se manifester autant qu’on le souhaiterait ?
Vu un touchant documentaire sur Albert Jacquard (dans la série Empreintes, de belle facture). Appris que la croix physique qui l’a miné de longues années, avant sa notoriété, était due à un grave accident de voiture dont il réchappa au prix d’un enlaidissement post opératoire. Son intelligence sensible et son extrême lucidité attisaient sa souffrance du regard des autres. Par ailleurs, appris aussi que ses premières passes d’arme idéologiques l’ont été avec le Club de l’horloge (concurrent de la NDF de Heïm) et avec Louis Pauwels du Figaro magazine qui lui avait reproché de ne pas savoir distinguer « le diamant de la merde »…
Là que je prends conscience de mon évolution idéologique : le discours d’un Pauwels n’a, aujourd’hui, plus l’ombre d’un attrait pour moi. Se défier des chapelles, des clans, des écoles systématiques de pensée, et se fier plutôt à ses propres, profondes et sincères convictions. Jacquard, homme de gauche, voire d’extrême gauche ? Cela n’amoindrit pas mon admiration pour l’engagement du personnage. La maturité intellectuelle c’est de ne se sentir aucune appartenance a priori, mais de se trouver des affinités au-delà des clivages idéologiques apparents. Une leçon de vie…

Lundi 21 janvier, 23h20
Ce soir, dans le journal du monde sur LCI, l’incisif Vincent Hervouët interrogeait le président colombien en visite à Paris. Sa détermination à éradiquer les Farc se fend d’une volonté de ne pas désobliger les instances françaises dans leur quête (éperdue) de libérer la fragilisée Betancourt. En revanche, pas un mot sur Chavez et son impact auprès du groupe. Comme une obscénité à oublier au plus vite…

Jeudi 24 janvier, 22h37
Dès le 18 août 2007, j’écrivais sur les vautrements boursiers qui submergent l’économie aujourd’hui. A se focaliser sur les indéfendables dérives du « capitalisme financier », pour reprendre le quasi pléonasme du directeur de Marianne, les anti-capitalistes s’ébrouent, ravis de légitimer leur argumentaire de mise à bas du système vicié. Par ce malhonnête raccourci, on condamne l’outil parce qu’il a été utilisé à mauvais escient. Curieux réflexe idéologique. A ce compte, interdisons l’agriculture puisque des sagouins empoisonnent nos sols, éradiquons la production industrielle face aux infectes exploitations humaines de quelques enseignes, vomissons le tertiaire empuanti par des escrocs de tout acabit… stérilisons l’espèce humaine, par la même occasion, à force de se désespérer des salopards qu’elle accueille dans ses rangs.
L’angle légitime d’attaque doit donc sérier les défauts sans verser dans l’inepte table rase… pour lui substituer quoi ?

Vendredi 25 janvier
Coup de pouce… dans l’cul !
Pas que le frénétique Président qui sait adroitement nourrir les médias.
L’image irrésistible de la propagande commerciale de la Société générale, c’est le gentil pouce qui, en toute occasion, fait le geste souteneur, voire salvateur. A l’époque, découvrant le nouveau symbole de l’établissement financier, mon esprit mal placé a immédiatement dérapé : pas besoin d’un grand écart pour que le coup de pouce se transmue en doigt mal placé.
Puéril rapprochement, je l’admets. Pourtant, l’opération de communication de la troisième banque française n’en est aujourd’hui pas si loin. Elle annonce sept milliards de pertes (ce qui correspond à plus de deux ans du chiffre d’affaires d’une société comme TF1), mais dont les deux tiers seraient indépendants de la volonté du gentil pouce bancaire. Le coupable de cet abysse financier : un infâme trader livré en pâture au Média à quatre têtes (TV, radio, presse et Internet) qui se pourlèche de sa bobine version photomaton flou, de son banal parcours rapidement brossé, et même du message de son répondeur hors service. Trémoussements du Média qui a enfin son sujet économico bancaire sexy en lieu et place de l’indigeste scandale des subprimes qui hoquette depuis août 2007.
Résultat de l’opération Poupouce : les premiers titres se focalisent sur l’homme qui perdit cinq milliards, laissant loin derrière les deux autres ridicules envolés dans les choix désastreux d’achats de créances irrécouvrables, et ce avec la bénédiction de la direction bancaire. De là à imaginer de commodes vases communicants pour charger la mule-trader : le pouce reste songeur dans la bouche…
Pourtant, de multiples experts financiers s’époumonent à rappeler qu’un tel gigantisme de pertes cumulées sur une année par un seul et obscur courtier s’avère totalement impossible, sauf à mettre immédiatement à bas les multiples procédures de contrôle en place. Face à ce scepticisme, un homme turgide, le gouverneur de la Banque de France, croit sur parole la version Poupouce
En attendant, le Tchernobyl financier suit son cours, quitte à nous rappeler douloureusement, tôt ou tard, que les pouces bancaires ne servent pas qu’aux soutiens bien placés. En effet, le vrai scandale, mais de nature mondiale celui-là, et portant probablement sur des centaines de milliards d’euros, c’est l’opportunisme poussé à l’absurde. Des organismes de crédit et des banques acharnés à fourguer des prêts immobiliers à des individus n’ayant manifestement pas les moyens pour rembourser, et empressés de vendre ces créances douteuses annoncées à haut rendement à des traders en quête de juteux placements. La titrisation systématique a donc infecté le réseau financier mondial, et ce jusqu’en France, contrairement aux premières allégations rassurantes de responsables politiques.
La purge s’avère bien nécessaire, mais sans pour autant accorder un quelconque crédit idéologique aux anticapitalistes prêts à descendre globalement le système (pour quoi ? on ne le sait pas…).

23h50. Petit combiné entre mes écrits des deux derniers jours et celui du 18 août 2007 pour parution dans mon blog principal, sous le titre élégant Coup de pouce… dans l’cul ! Pub faite auprès de mon fichier internet et, par le biais de commentaires, sur quelques sites de la presse.
La photo de ce Jérôme Kerviel, ainsi que son identité figurent partout, sauf dans mon blog : refus de participer à ce lynchage médiatique nappé d’un brin d’admiration. Mes foudres visent plutôt l’établissement bancaire et ses responsables planqués (en revanche, les supérieurs du trader ont été, comme de plus crédibles fusibles, licenciés sur le champ).
Dans le Droit d’inventaire : Mai 68, visionné ce soir, touchant moment d’interview mené par la nièce Drucker qui ne peut se priver de tutoyer son Michel d’oncle. Cohn-Bendit a conservé intacte sa réactivité, n’hésitant pas à gratifier d’« ordure » le feu Marchais qui l’avait stigmatisé dans une chronique parue dans L’Humanité et empreinte d’un antisémitisme en filigrane.

Février

Samedi 2 février, 23h30
Un nez pris et une fatigue passagère m’a fait me coucher tôt (23h), un chouia avant ma BB dont le réveil s’imposera vers 5h20.
La semaine qui s’annonce battra des records de présence à Cqfd : quarante-deux heures cumulées entre les FFP et la présence administrative. Intérêt de bien farnienter demain pour me préparer à ce cumul.
Dans le dodo, petit tour d’actualité hebdomadaire avec Le Monde week-end. Une façon de ne pas me restreindre au traitement superficiel des médias audiovisuels dans lesquels je vais plutôt me nourrir des débats sur les faits porteurs de polémiques.
Vu l’hommage de Hondelatte aux acquittés d’Outreau dans une édition spéciale de Faites entrer l’accusé : les sept ou huit présents semblaient encore loin d’être remis. La seule à respirer la joie de vivre, et pour qui Outreau a finalement ouvert des portes professionnelles qu’elle n’aurait jamais pu approcher, c’est Karine Duchochois, aujourd’hui tenant une rubrique sur France Info concernant… la Justice. Il semble qu’elle ait sa carte de journaliste. Une belle fin pour cette « ambitieuse » (selon son propre terme) qui s’assume. Elle jurait, parmi les démolis d’Outreau, par sa légèreté et sa transfiguration physique et vestimentaire.
En vrac, dans l’actualité : les municipales qui risquent de porter un vote sanction à la présidence Sarkozy. Marié ce matin à la belle Bruni, et ce en toute discrétion, l’activiste politique doit désormais se consacrer à l’engagement austère, mais efficace.
Le Liban souffre des attaques incessantes d’Etats comme la Syrie. Le redressement économique semble encore bien lointain, à la merci d’influences délétères.
Et encore épinglé par le rapport annuel de HRN (Human Rights Watch) le régime castriste, et ce sans aucune ambiguïté. Aucune liberté d’expression, pas de vie privée, une capacité réduite de circulation, etc. Et dire que mon article Le castrateur de Cuba avait suscité la révolte de quelques fanas du leader Maximo… douillettement installés en France. Pitoyable !

Lundi 4 février, 22h
Semaine écrasante en perspective et rhume entêtant ont un avantage dans la gestion de ma soirée : me conduire plus rapidement au lit et me laisser tenter par l’écriture de ce Journal dans sa dix-septième année.
Ce soir, au Franc-parler d’Itv, le flamboyant de Villepin débarrassé des engoncements costume-cravate pour une veste-pull au col roulé en parfaite cohérence avec sa nouvelle posture de libre censeur du pouvoir exercé par son irréductible et triomphant adversaire politique.
Le voilà se mêlant de tout, jaugeant, jugeant, déclamant sa vision d’une France à l’excellence diplomatique renouvelée, à l’indépendance de la politique étrangère revendiquée, à la détermination sans reniement de compter en Europe et dans le monde. Il déroule ses arguments, les teintant d’un lyrisme porteur…
Vrai que le physique compte dans l’incarnation de la France : de Villepin a autrement plus d’allure, même loin du pouvoir, que le frénétique Sarkozy aux proportions peu avantageuses. Pourquoi le nier ? La volonté de conquérir le pouvoir y a été d’autant plus exacerbée chez lui que sa présence physique pouvait décevoir.
Définitivement, l’ex Premier ministre se dispense de tout engagement politique via les urnes. Grand commis de l’Etat, il assume ce choix, mépris de la démocratie élective pour certains, et se cantonne à éclairer de son expérience ceux qui veulent l’écouter.
Un Jospin de droite, l’influence des réseaux en moins : lui reste le panache d’une parole libre…
Aujourd’hui, le Congrès du Parlement a modifié la Constitution pour rendre possible la ratification du Traité de Lisbonne.

De Cambronne à Lisbonne
Deux ans après le retentissant « merde ! » à l’Europe de l’Hexagone, les Nonistes s’ébrouent à nouveau, avec un baroud des donneurs de leçons démocratiques. Vagabondage dans les contrées de la mauvaise foi et de l’amalgame.
Les indécrottables partisans du Non au feu traité constitutionnel, de l’extrême droite à l’extrême gauche, des souverainistes aux internationalistes de nouveau alliés de fait, ont hurlé en chœur au « déni de démocratie » !
Deux ans après avoir fait repousser par le peuple français ce projet d’inspiration française, strictement rien de viable et permettant un consensus à vingt-sept n’a été mené à terme par les Nonistes qui vont aujourd’hui, dans leur abjection de la voie parlementaire choisie pour ratifier le traité de Lisbonne, jusqu’à se risquer à des parallèles oiseux, pour ne pas dire scandaleux. Ainsi, quelques voix anonymes venant commenter, sur le site Agoravox, un article souverainiste, se laissent aller à la menace, se vautrant dans l’incitation à la haine : « Pour ma part je noterai le nom de tous les traîtres qui voteront ce texte, de tous les journalistes qui nous expliqueront qu’il n’y avait pas d’autres solutions pour le jour de la libération et les procès de l’épuration qui suivront... » éructe le bougre Non666, du peuple sans doute, mais non identifié.
En quoi la chronologie des élections et la transparence des intentions combinées ne permettraient-elles pas au pouvoir exécutif en place de choisir la ratification par les élus du peuple ? Les élections présidentielles, puis législatives, ont eu lieu deux ans après le Non référendaire. La campagne du candidat de l’UMP a été claire sur sa résolution à recourir au Parlement pour adopter le nouveau traité négocié par les vingt-sept. Une référence suffira : le 14 avril 2007, le Focus du Monde est consacré à la construction européenne et aux propositions sur ce sujet des candidats principaux aux élections présidentielles. Pour le prétendant à l’Elysée Sarkozy, il est indiqué que « ce traité ne justifierait pas le recours à ce stade à un deuxième référendum, mais pourrait être ratifié par voie parlementaire. »
Alors au nom de quel principe vaseux, mais clairement populiste, les Nonistes ne peuvent-ils tolérer qu’une représentation nationale légitime (rappelons l’article 6 de la déclaration des droits de l’homme qui valide la démocratie représentative), élue postérieurement à la consultation référendaire, ne pourrait ratifier le traité de Lisbonne ?
Cette sacralisation démagogique de la voie populaire, évidemment incapable d’erreur, imperméable aux influences malhonnêtes, me fait songer à une autre sacralisation, heureusement dépassée depuis l’an 2000, celle du jury populaire d’assises. Parce que le jugement avait été rendu par un échantillon du peuple au nom de ce même peuple, on ne pouvait imaginer qu’un appel puisse intervenir sur le fond, là même où l’accusé risquait le plus. Il aura fallu l’énormité de la gabegie judiciaire et l’erreur dramatique (pas isolée, mais reconnue celle-là) du jury populaire dans l’affaire Dils pour qu’enfin la raison ouvre l’appel aux jugements des assises.
Faudra-t-il vraiment mettre à bas l’essentiel de la construction européenne à force d’enlisements successifs du fait de décisions référendaires (et si le peuple d’Irlande, cette fois-ci seul consulté directement, décidait de rejeter le traité ?) pour comprendre que la voie populaire n’est pas forcément la panacée, d’autant plus lorsque ce qui forme la majorité permettant le rejet ne peut en aucun cas se retrouver sur une quelconque majorité constructive : quel rapport entre le Non d’un Besancenot et le Non d’un Le Pen, entre le rejet du souverainiste de Villiers et celui des altermondialistes tendance Bové ? Rien, hormis l’acte destructeur : un « merde ! » stérile à l’Europe. De fait, les Nonistes ont prouvé, notamment par les élections ultérieures, qu’ils n’avaient aucune crédibilité unitaire dans la proposition d’un autre texte pour des institutions européennes en phase avec le nombre de membres.
Autre argument de l’intolérable pour les partisans d’un nouveau Non français : le traité serait une copie conforme, mais en plus illisible (première contradiction interne) du traité constitutionnel. Et alors ? Si les « outils », pour reprendre le vocable giscardien, que proposait le texte de 2005 semblent les plus adéquats pour créer un consensus à vingt-sept, doit-on s’en priver, encore une fois ? Croit-on vraiment que les Français n’ont pas voulu d’un président de l’UE élu par le conseil européen pour deux ans et demi, qu’ils ont abhorré l’extension proposée des pouvoirs du Parlement européen, qu’ils ont vomi l’élargissement de la majorité qualifiée à davantage de domaines pour éviter le blocage systématique ? Soyons sérieux…
Quant aux politiques libérales qui seraient fourguées en catimini dans l’indigeste traité de Lisbonne, les dénonciateurs de ce scandale (on est en économie de marché, incroyable !) oublient de signaler que le contenu des politiques qui peuvent exister dans l’UE, cela se décide lors de deux élections : celle de l’exécutif de chaque pays membre qui modifie le Conseil européen, lequel impulse les grandes orientations politiques, et le Conseil de l’Union européenne en charge de les mettre en œuvre ; celle du Parlement européen qui codécide dans de plus en plus de domaines du contenu des politiques. Il ne m’est pas apparu très flagrant que dans les vingt-sept se dessinait un basculement du pouvoir au profit de l’extrême gauche ou du souverainisme droitiste. Mais sans doute ai-je mal observé…
Voilà donc l’opportunisme des Nonistes qui se rappelle à notre hanté souvenir, celui d’un grand gâchis qui n’a débouché sur rien, sauf une multitude de palabres, de sincères vœux d’intention mais sans aucune prise en compte de la réalité politique des autres pays membres. A force de chipoter sur les détails, les Nonistes oublient les fondamentaux de la raison d’être de l’UE…
Et, bien sûr, ce sont les députés (notamment socialistes) qui ont voté la révision constitutionnelle qui apparaissent comme les traîtres. Le nationalisme social s’ancre dangereusement dans notre pays...

Mercredi 6 février, 23h
Je m’ingénie à dénicher le titre coup de poing pour ma gueulante contre les Nonistes. Pour l’instant, rien de bien convaincant. Peut-être que la plongée ensommeillée portera davantage conseil, exaltera un chouia plus l’imagination. Tentons…

Dimanche 17 février, 21h50
Tôt sous la couette pour aspirer la quiétude du logis, la plume glissante et le Valparaiso inspiré de Sting. L’équilibre de vie s’affirme, dans la modestie financière certes, mais largement compensée par la douceur existentielle. Les destins de chacun m’ont éloigné de ce qui constituait toute mon existence il y a encore dix ans (enfin, un peu plus). Un tel délaissement de ma part ne peut s’expliquer que par l’extrême mal être que j’avais développé sans me l’avouer. Hypocrite rapport avec plusieurs des gens du Nord, idéologie aux relents mâchés sans conviction, presque machinalement : le faux-semblant minait toute tentative d’être en phase avec ma réalité intellectuelle beaucoup moins monolithique. Ainsi mes convictions européennes, ma défense sans concession de l’aventure Union européenne, au point de me fâcher avec Hermione. Moi, souverainiste sous influence, j’ai découvert la portée du combat des défenseurs de l’Europe, et le traité constitutionnel en a été le magnifique summum, malgré la flopée de déjections qui l’ont fait disparaître sous le Non honteux.
Big Sarko disjoncte : après avoir défendu, comme candidat, l’abandon salutaire de la repentance française à l’égard de ses boulets historiques, le voilà comme possédé par la contrition, proposant que chaque élève de CM2 se couvre de l’ombre terrible d’un petit d’homme déporté par les abjects nazis, le plus souvent guidés par les sbires pétainistes.
Sans, bien sûr, remettre en cause la valeur émotionnelle et identificatoire d’un tel embrassement à travers les âges, on peut se risquer à y voir quelques effets contre-productifs. La sordide concurrence des mémoires se fera jour, contraignant l’école à charger ses ouailles d’autres ombres enfantines victimes des bourreaux du siècle technico-barbare.
Pourquoi donc revenir sur sa volonté d’en finir avec la flagellation permanente par les lames des noirceurs françaises ?
Nouvelle échappatoire à une plus triviale actualité : morosité socio-économique, assèchement des finances publiques, retard des effets de réformes, précocité de l’effondrement sondagier. Big Sarko tente la distraction pascalienne par l’annonce fracassante, les polémiques cultivées, les fariboles privées…
Le voilà qui, manifestement, peine à dénicher la stature présidentielle : son discours saluant la ratification française du Traité de Lisbonne (qu’il persiste à nommer « traité simplifié » pour s’arroger l’exclusive paternité) en est un flagrant témoignage. La gestuelle agitée, le dynamisme forcé, la tonalité mal placée ont transformé ce qui devait être une intervention solennelle en démonstration de VRP en campagne promotionnelle. Sans mutation profonde de son fonctionnement et de sa gestion de la pression extérieure, je pressens le pire pour la suite, à moins que le terme en soit raccourci.

Vendredi 22 février, 11h
L’estafilade éphémère se lance vers les monts et plaines de notre nation en discrète campagne municipalo-cantonale. La vrille médiatique s’excite pourtant sur les grotesques tribulations de l’ostentatoire Neuilly-sur-Seine. L’engoncé, l’empesé, l’affecté jusqu’au cou surgonflé, figurine mal dégrossie, l’amer David Martinon avait tenté le parachutage doré, adoubé par Sarkozy Ier. Cette première coque artificielle s’est alourdie de piètres prestations ; le charisme d’un lavabo les meilleurs jours, d’un bidet les autres, des frustrations et humiliations se cumulant, ont dynamité la bringuebalante expédition en terre neuillaise.
La subtilité du message de ses adversaires s’est résumée à un détournement patronymique digne des cours récréatives. Le « Martinon Non ! Non ! Non ! » a parachevé le loufoque panorama du ballet électoral.
Débarqué le porte-parole de l’Elysée, dont même la demande de démission n’a pas été approuvée. La place vacante a déchaîné les à-coups et vaseux retournements : le candidat dissident qui devient l’officiel de l’UMP, le colistier de Martinon qui s’engage dans la dissidence et le fiston Sarkozy qui va se frotter aux urnes pour honorer la belle voie ouverte par le papa président.

Samedi 23 février
Au calme à Saint-Crépin, les copies au lamentable contenu (pour 95 %) corrigées, je me ressource aux pages de ce Journal, dans sa dix-septième année. Une bien sereine adolescence après des années heurtées de petite enfance. Ne plus se tourmenter d’une existence que l’on pérennise à son aune et non pour satisfaire de tierces et envahissantes attentes.
De là, une attention au monde pour aiguiser son regard critique, mais pas forcément monolithique.

Dimanche 24 février
Le sale con de l’agriculture
Quel paradoxe : les mêmes qui se sont ingéniés, depuis quarante ans, à désacraliser la fonction présidentielle, se courroucent aujourd’hui d’avoir un chef d’Etat aux écarts de buvette. Personne, pourtant, ne peut se déclarer foncièrement étonné sur sa façon d’être : il est à l’aune de ce qu’il a montré, des années durant, comme ministre de l’Intérieur, où il bénéficiait d’un pistage médiatique inégalé pour un tel poste. Même le Pasqua de 1986 respire la doucereuse naphtaline si on le compare à l’activiste Sarko-Beauvau.
Les premiers à jubiler de cette involution du chef de l’exécutif : les journalistes qui multiplient les gros plans, les débats, les retours en triple couches sur les bruyantes tribulations de l’Elysée-Sarko-Show.
Les Américains ont eu leur Bush, innommable vulgarité politique pour les condescendants Français qui ont porté au pouvoir celui dont ils connaissaient sans ombre le Cirque d’Etat permanent.
En outre, que le premier des Français verse dans le franchouillard mauvais ton relève presque de l’obsession consubstantielle à la fonction depuis la mort de Pompidou, et ceci avec la bénédiction implicite du peuple électeur.
Plonger un peu dans les à-côtés comportementaux du fringant Giscard d’Estaing, souillant sa particule et son phrasé guindé sur l’estrade d’Yvette, avec l’accordéon en bandoulière pour convaincre qu’il a quelque chose en lui de populeux, relativise le gainsbarrien « casse-toi ! » du sanguin président. Jauger les bréneuses casseroles du mesuré Fanfan Mité, que les médias institutionnels (publics et privés) comme la grande presse ont occultées pendant plus d’une décennie alors que Le Crapouillot (feu magazine étiqueté d’extrême droite) les livrait sur la place publique dès le début du septennat, édifie sur la gravité d’une vulgarité existentielle face à quelques excès grossiers du peu agreste Sarkozy. Renifler les incongruités langagières et les familiarités redondantes du dégingandé Chirac ne fait que souligner la tendance outrancière de son Brutus politique.
L’internet s’ébroue ou se goberge face à l’échange entre le citoyen de base qui, par une périphrase sans ambiguïté, traite de merde (« Tu me salis ! ») le Président de la République, lequel le tutoie et l’insulte, le renvoyant à son insondable insignifiance.
Fallait-il le mépriser par le silence, à la façon d’un Balladur (digne héritier de Pompidou, le dernier de nos présidents ancienne manière) que les Français, après l’avoir porté au pinacle comme Premier ministre, n’ont pas voulu comme locataire feutré de l’Elysée ? Fallait-il l’ignorer pour les caméras et demander au service d’ordre de l’intimider en coulisse par quelques arguments musclés dont le pouvoir exécutif a le secret ? Fallait-il, sinon, lui signifier un immédiat dépôt de plainte pour injure envers le chef de l’Etat ? Autant de voies raisonnables ou traditionnelles qui ne traduiraient plus l’instinctive personnalité du schismatique Sarkozy.
Alors oui, la dignité de la fonction est foulée aux pieds, selon les critères vieille France ; oui, il a fait du talion verbal sa marque réactive. Mais, finalement, qu’attendaient ceux qui l’ont élu (pour ses adversaires, l’indignation entretenue est on ne peut plus logique, banale) ? D’avoir un président sans écart de langage, bien ripoliné aux entournures, pondéré dans toute situation, même lorsqu’un scrogneugneu l’insulte ?
Croit-on à de la stratégie politique ? Encore parler de lui pour le traîner dans la boue, quel fin tacticien ! Son problème : dès qu’il se replace dans le réfléchi, le complexe, le retenu, par exemple lors de son récent discours sur l’Union européenne, il est inaudible, sans relais, sans aucune agitation médiatique enthousiaste ou fustigeante. Ses penchants caractériels le poussent alors à de sporadiques coups d’éclat qui le remettent en scène sous les feux de Big Media.
Devait-il passer du politique boutefeu au président flagellé se drapant dans la majesté de la fonction pour laisser couler le jus des projectiles pourris ? La haine attisée le rendra plus vulnérable à la folie d’un citoyen pressé d’en finir… Là est le risque majeur. Nous reviendrions alors à du feutré, du bien hypocrite, du sans vague comme on l’aime tant qu’on ne l’a pas comme interminable quotidien.
Toujours insatisfait, toujours à s’en prendre à ceux qui ont la charge de gouverner ce pays, le peuple de France maintient son ancestral penchant à brûler ses idoles, même lorsqu’elles lui ressemblent jusqu’au bout des mots.

Lundi 25 février
Hâte, hier soir, pour saisir ma dernière envolée pamphlétaire, au titre Canard que je voulais être le premier à lancer sur la toile, avec date certaine, ce que le site AgoraVox permet, même en cas de refus. Le sale con de l’agriculture n’avait germé dans aucun esprit d’internaute, à mon plus vif contentement. Quelques copier-coller du début de cette volée d’encre bouillonnante sous des articles de presse valant commentaire et renvoyant vers mon Blog pour authentifier davantage la date, et la sérénité du besoin littéraire accompli s’est niché en moi.
Ce matin, depuis Rueil, un petit tour d’appoint sur l’actualité via Google puis un détour sur LDP qui m’informe d’un premier commentaire sous ma dernière ponte.
Stupéfaction à son ouverture : une signataire anonyme me déclare, tutoiement à l’appui, s’être retrouvée sur mes blogs et avoir été émue de me lire, même si les idées défendues ne sont pas partagées.

Jeudi 28 février, 0h30
De retour, avec ma BB, du joyeux film de D. Boon, Bienvenue chez les ch’tits. A propos du Nord, la suite du contact avec bb (Alice) s’avère contrastée.

Mars / Avril

nne nuit alors...Samedi 1er mars
Jeudi dernier, dans la matinée, une violente explosion au gaz, en plein cœur de Lyon : un pompier décédé et une quarantaine de blessés. Le lieu, à moins de deux cents mètres de la place de l’Europe où j’ai résidé quelques années et à deux pas du Monoprix où je faisais mes courses.
Curieux sentiment de voir aux journaux télévisés et en photos sur Internet cette partie du Cours Lafayette jonchée de gravas, avec d’énormes flammes sortant du sol…
L’enquête devra déterminer les responsabilités.

Vendredi 7 mars, 23h30
Période de surcharge professionnelle qui laisse peu de place pour l’approfondissement diariste.
A noter, tout de même, le suivi contrasté avec Alice. Fascinante et interloquante rupture qui l’a fait me soupçonner de n’être pas encore maître de ma plume et de mes penchants pamphlétaires.

Dimanche 9 mars, 0h34
Agréable soirée avec la famille paternelle dans notre nid lyonnais : mets confectionnés par ma BB, puis festif visionnage d’Astérix : mission Cléopâtre. La patte Chabat demeure d’une infaillible efficacité pour le rire
démultiplié.
Premier tour des municipales : pour affirmer mon devoir citoyen, j’aborderai ces élections avec un prisme exclusivement local. L’actuelle équipe Collomb me convient, et ce d’autant plus face à l’artificielle implantation de l’ex ministre Perben.

Dimanche 16 mars
Angles de vie
Alors que les Gens du Nord de mon Journal ne m’enchantent plus depuis bientôt une décennie, voilà une décade que le sourire me vient lorsque je songe aux ch’tis de Boon. La fraîcheur de ce film, même s’il puise la mécanique de quelques quiproquos langagiers dans l’efficace Dîner de con, ravit, rassure sur l’existence d’un populaire chaleureux, bon enfant, bourvilien.
Cette fête à l’âme m’incite à effectuer mon devoir de c
itoyen, limité pour ce dimanche à la plus agreste des élections, les cantonales : comme un printemps de l’électorat. Notre bon Gérard Collomb aime Lyon, et notre arrondissement le lui a bien rendu.
A deux pas du bureau de vote, sis dans une jolie petite école primaire classée, aux pierres de taille apaisantes, j’ai participé au dépouillement et fleuré, dès la première centaine de bulletins, la performance de notre maire sortant. J’ai alors profondément ressenti, comme fondu dans ce réjouissant résultat, que mon exil volontaire des terres picardes avait laissé toute sa place à un serein ancrage lyonnais aux côtés de ma BB. Notre élu Collomb m’offrira donc de belles balades des bords du Rhône aux futurs bords de Saône sur un vélo’v confortable. Je lui souhaite le plus constructif des mandats.
Goûter cet angle de vie, mais rester sans indulgence pour ce qui se profile par le délire des fous furieux de l’économie virtuelle, une espèce de syndrome Kerviel. Le sujet serait-il minoré par les grands médias, qui lui ont préféré le plus vendeur fait divers du trader avec ses gros pâtés
boursiers, en raison d’une panique monstre qui suivrait le premier signe d’un effondrement de notre système financier ? Les nouvelles cumulées, dans les pages intérieures de journaux rébarbatifs pour le grand public, et les analyses de certains spécialistes laissent augurer que le Tchernobyl économique ne nous épargnera pas, là où le directeur de la Banque de France psalmodiait du « Tout-va-très-bien ! ». Que les trois plus importantes réserves étatiques de l’Occident injectent quelque deux cents milliards de dollars dans les circuits financiers, sans que cela rassure durablement les actants grégaires de l’économie virtuelle, suffit pour pressentir le pire.
Jamais je ne me suis adonné à ce petit jeu du boursicoteur en herbe ; en revanche, je suis contraint, par le contrat social, de laisser le petit pécule gagné à la disposition des frileux opportunistes qui s’excitent sur les rumeurs pour forger, de fait, l’économie mondiale. La gabegie des subprimes a infecté tous les réseaux financiers : la malfaisance des responsables sera occultée et les Etats viendront éponger les pertes, dans le meilleur des cas. Pendant ce temps, les fonds souverains d’autocraties (pour certaines revendiquées communistes !) se dorent les bourses en pleine croissance…
Finalement, revenir à l’univers de proximité, aux êtres chers encore de ce monde ou disparus. Centrer ses sens sur la complicité duale de belles âmes choisies pour ne pas sombrer dans de barbares représailles. Ainsi, mon aimée grand-mère, disparue fin 2006, et qui me manque pour toujours et à jamais. S’emplir de son souvenir et embrasser un bel angle de vie.

Samedi 22 mars
Se sentir porté par la frustration accumulée, jusqu’à se revendiquer enragé. Pierre Viansson-Ponté avait pressenti, dans les colonnes du Monde, deux mois avant le paroxysme insurrectionnel et une semaine avant le mouvement de Cohn-Bendit et quelques autres, l’impasse sociale d’une France à bout de souffle.

Dimanche 23 mars
Une politique étrangère…
au monde
Piteux profil de notre politique verbale étrangère ! N’envisageons même pas les actes : le néant sidère.
Lorsqu’il s’agissait de s’élever contre les Etats-Unis, boutefeux pour un messianisme occidentalo-
démocratique, la France, par le verbe villepinien et la stature chiraquienne, tenait son rang. Certes, je ne partageais pas cet entêtement à laisser le sanguinaire Hussein se jouer ainsi de la communauté internationale, mais il fallait reconnaître la dignité d’une position maintenue malgré les représailles économiques.
Ce qu’on a pu faire naguère avec la première puissance mondiale, le suractif président Sarkozy ne peut l’insuffler face aux obscénités diplomatiques d’un Kadhafi, aux escroqueries pseudo démocratiques d’un Poutine et, aujourd’hui, aux férocités répressives des potentats chinois.
Faut-il laisser l’Allemagne et la Grande-Bretagne condamner ces dérives sanglantes sans que cela nous inspire ? Est-ce ainsi que se prépare le terrain de la présidence française de l’Union européenne ? Ronds de jambe, sourires crispés, langue avalée, porte-monnaie quémandeur… Terne, bien terne coloration de notre politique étrangère : aucune vision enthousiasmante possible, sauf à être aussitôt ratatinée à sa portion congrue. Citons, pour l’oublier dans l’instant, l’Union de/pour la Méditerranée phagocytée par le poussiéreux processus de Barcelone.
Le fort en gueule Kouchner a parfaitement assimilé les règles de la realpolitik au point de dépasser sa cousine socialiste, Ségolène Royal : là où elle s’extasiait de l’efficacité de la Justice chinoise (un modèle du genre, en effet, pour l’exécution des sentences de mort, avec facturation de la balle utilisée à la famille du condamné), il lâche, marquant le paroxysme d’une diplomatie de tiroir-caisse, les « formidables progrès » pour les droits de l’homme de l’administration Hu Jintao. Sa rectification, en forme d’euphémisme honteux – « ce ne sont pas des progrès quand on tire dans les rues » au lieu d’un plus clair quand on assassine des opposants tibétains – laisse songeur sur la ligne indigne suivie par le french doctor. On se souvient pourtant, avant qu’il ne goûte au maroquin, de sa verve prête à déplacer des montagnes et qui, désormais, ne soigne plus que de sonnants et trébuchants intérêts.
Le candidat UMP s’était, lui, engagé à tourner la page d’un Quai d’Orsay trop complaisant sitôt que se profilent quelques juteux contrats. Résultat : on vire Bockel qui l’ouvre un peu trop sur une nauséeuse politique française en Afrique, donnant ainsi raison aux quelques indignitaires bénéficiaires de nos largesses. Ne surtout pas abandonner une parcelle fructueuse du continent noir à ces chers communistes chinois…
L’hôte de l’Elysée a flanché par son talon médiatique et tente une nouvelle stratégie : reprendre les fondamentaux de la Ve pour atteindre une certaine hauteur présidentielle. Doit-il, pour autant, s’élever jusqu’à devenir inaudible sur un tel sujet ? La distance du chef de l’Etat confine à la spécialisation dans les chrysanthèmes au point de délaisser son devoir premier : faire entendre la voix de la France face aux flagrantes violations des droits de l’homme, ceux que Kouchner identifie en plein essor dans cette même zone du monde.
L’OCDE table sur une récession américaine qui ferait s’effondrer cette année la croissance des Etats-Unis (1,4 %) sous celle encore accordée à la France (1,8 %), quelque peu protégée par la zone euro. Cette incroyable nouvelle économique ne vaut-elle pas quelques contrats sacrifiés par nos dirigeants français pour atteindre, enfin ! une diplomatie à hauteur d’homme ?
« La liberté c’est le droit au silence » portait un mur de Censier en 1968 : pas sûr que ce soit un précepte respectable pour notre si étrange politique étrangère…

Jeudi 27 mars

Comme presque chaque soir de cette semaine, brève plongée dans quelques pages de La mort est mon métier de Robert Merle, paru en 1952. Bien avant Les bienveillantes, ce roman tente de tracer le profil complexe des bourreaux nazis par une approche intrinsèque qui nous fait assister au fonctionnement mental des criminels ordonnés. Edifiant.
Et voilà que des journalistes français évoque une Carlamania naissante en Grande-Bretagne, et qui pourrait bien passer la Manche, après l’admirable prestation de l’épouse présidentielle lors de la visite d’Etat achevée ce soir.
Moi, c’est en 1995 que j’ai écrit sur cette femme intelligente, sensible, raffinée et possédant l’extrême sens de la situation. Mon Brûlant hommage à Bruni n’a pas dépassé les pages de ce Journal, mais était destiné à paraître dans un projet de feuille de presse gratuite qui ne vit jamais le jour (initiative de Maryline R.). Treize ans plus tard, elle est la première dame de France et confirme tout le bien que je pensais d’elle.

Samedi 29 mars
Le spectacle judiciaire va connaître l’une de ses plus atroces représentations pour deux mois d’horreur exhaustive. La promotion en a été faite quelques semaines durant par des médias rappelant, sporadiquement, la date d’ouverture et diffusant des documentaires sur le couple monstrueux.
Enfin, la première audience et l’abject Fourniret qui tient, sans décevoir, son sinistre rôle, ergotant sur la publicité du procès et ne souffrant pas la présence dispendieuse d’avocats commis d’office : trois pour digérer un tel dossier.
Sa compagne, pour le macabre et pour le pire, a tenté l’apparente contrition : physique transfiguré pour faire oublier sa brune noirceur.

Lundi 31 mars
Ce soir, au Franc-Parler d’Itv, l’économiste Cohen confirme l’alarmisme que je développais dans ces pages le seize courant. La possibilité d’une implosion du système financier américain nécessiterait l’intervention de l’Etat et de la banque fédérale pour l’équivalent du PIB annuel français, soit deux mille milliards de dollars.
A folie financière, enragé judiciaire : Fourniret le sordide laisse couler ses abominations suite à l’émouvant témoignage de celle grâce à qui il a pu être neutralisé. Son effroyable cynisme ne peut que s’épanouir, prospérer dans la procédure qui préserve les droits des accusés, et bien heureusement d’ailleurs pour ce dernier point. Seul souhait : qu’il ait les plus difficiles conditions carcérales possibles.


Samedi 5 avril
Vivre ! Ingrid Betancourt
Plus de six ans d’enfermement dans l’enfer kaki des FARC. Criminelle, Ingrid Betancourt Pulecio ? Selon la qualification pénale française de la durée de la peine imposée : oui… ou récidiviste invétérée.
Admirable femme qui se meurt de trop de dignité, d’une débordante humanité, d’une fidélité à ses convictions.
Jusqu’à ce 23 février 2002, une douceur de vie à l’irrésistible ascension : entre les bureaux ministériels de Colombie et le prestige parisien de l’Unesco, l’enfance se nourrit du sens de l’autre et favorise la noblesse politique.
Aiguiser sa maîtrise des idées au sein du bouillonnant IEP, là où elle entendra résonner le timbre du chevaleresque, et alors professeur en
exercice, de Villepin. S’enrichir des multiples doctrines, des parcours heurtés ou fugitifs, des talents épanouis pour affirmer sa volonté de changer son pays pour qu’il tende vers ce que l’on croit bon pour lui. Voilà l’élan pour la Colombie de cette femme lumineuse. L’engagement politique par le suffrage des urnes : jauger les arcanes de l’exécutif puis tester sa légitimité par la conquête du législatif. Insolente réussite, sans doute, mais qui aurait tant apporté à ce pays en lutte interne si de pseudo révolutionnaires, d’authentiques criminels, n’avaient brisé cet envol.
Dix ans, pour son parti Oxigeno Verde, orphelin pour plus de la moitié de son existence. La voie vers la présidence colombienne a violemment bifurqué vers les rives barbares.
Sa résistance première s’est faite sur cette route de Florencia à San Vicente del Caguan, implacable piège. On lui refuse les airs, elle s’obstine à rejoindre son objectif par les terres, si truffées de guérilléros puissent-elles être. Ne pas entacher sa campagne présidentielle par un renoncement en rase contrée. La lumineuse résistante est toute entière dans cet acte : plutôt entravée debout que libre courbée.
Mais aujourd’hui, les affres, puis la mort seraient la
seule libération possible ? Atroce épilogue pour un être qui peut tant insuffler à son pays… Impossible de s’y résoudre. Lignes passionnées pour espérer une renaissance. Trop de tentatives avortées, de démarches à l’aveugle, d’initiatives éperdues pour ne pas croire encore et plus que jamais à sa résurrection au sein des siens.
Que ceux qui la retiennent, elle comme des milliers d’autres otages à ne pas oublier, aient bien conscience du terrible poids d’une universelle condamnation si
elle devait expirer sous leur joug. Dans La mort est mon métier, de Robert Merle, le futur maître du camp d’Auschwitz, alors simple ouvrier en usine, assène son postulat de vie : « On me confie une tâche, et mon devoir est de la faire bien, et à fond. » Il est temps pour eux, aujourd’hui, de dépasser leur mission, de ne plus être ces barbares consciencieux pour distinguer leur devoir d’humanité.
A Ingrid Betancourt, sans retenue !

Mercredi 9 avril, 23h17
Curieux comme l’opinion mondiale, dans sa partie médiatisée, a délaissé les ressentiments contre les messianiques américains pour concentrer leur haine sur le pouvoir chinois. La gestion des révoltes tibétaines a horrifié les mêmes qui ignoraient l’impitoyable autocratie communiste à l’expansionnisme économique entretenu.
Attribuer les J.O. à la Chine, c’est d’abord remettre le peuple chinois au cœur de la communauté internationale. Pour le reste, des engagements pris par le pouvoir qu’on ne pouvait sérieusement croire.

Lundi 14 avril, 22h39
Calme dans mon existence, tourbillons dans l’actualité. Rien de transcendant dans ces semaines pro qui défilent. L’activité se fait de plus en plus comme une obligation alimentaire et non pour un quelconque plaisir de faire. Fondamentalement, cela me barbe. L’ambiance à Cqfd n’est pas si mirifique : quelques tensions dévoilées, une démission acceptée, des agacements de part et d’autre… Rien de cataclysmique, mais de navrantes failles qui s’imposent.
L’actualité virevolte : des obscènes entêtements du criminel Fourniret à la magistrale libération des otages sur le Ponant, la palette s’ébroue.

Mardi 15 avril, 22h26
Ce soir réunion, dans la cage d’escalier, avec quelques copropriétaires et ceux qui sont chargés de changer la colonne EDF. Une charge financière conséquente pour mon salaire modeste qui a nécessité une épargne depuis plusieurs mois, non encore achevée alors que le premier versement doit intervenir ce mois-ci.
Les polémiques intra gouvernementales, avec couverture médiatique disproportionnée, se multiplient : vraie dérive de l’équipe ou enfumage volontaire pour permettre aux réformes douloureuses de s’exécuter presque clandestinement.
PPDA se lâche au JT du soir, commentant l’indigne tortillement du cul du
comité olympique français qui remet en cause le port, par les athlètes, d’un badge avec la mention « Pour un monde meilleur », expression qui apparaîtrait pourtant dans la charte de l’olympisme. Quelle pitoyable courbure d’échine pour ces autorités aux ordres. Le journaliste a donc rappelé que la formule du badge « ne cassait pourtant pas trois pattes à un canard laqué » ! Agacement de mise.

Vendredi 18 avril, 22h43
Mollesse généralisée pour aborder cette semaine de congés après une période chargée en heures de FFP (face à face pédagogique) : à cumuler un débat sur les émeutes de la faim – émission Ce soir (ou jamais !) d’hier – sur le trafic d’organes dans C dans l’air et les deux derniers volets de The War, le moral sombre face à tant d’horreurs. Là où je devrais exulter de cette parenthèse régénérante au sein de l’intense activité professionnelle, je me laisse imprégner par la seule humeur qui puisse accompagner ces terribles dérives humaines : la triste morosité. Pas l’envie de poursuive.

Samedi 19 avril
7h30. Et pour couronner la soirée d’hier, pages de La mort est mon métier, immersion dans le cortex trop bien ordonné du pas encore commandant d’Auschwitz.
Matinée physique à participer au déménagement d’une collègue de BB. Ça passe le temps…

Dimanche 20 avril
Le ramolli mois de « mais ! »
La contestation, cru 2008, va tenter, vainement, de se hisser à la hauteur de son aînée quarantenaire. Non point qu’il faille, raisonnablement, trouver une quelconque filiation idéologique entre ces deux ires estudiantines, mais la comparaison instinctive s’imposera si l’ampleur des grognes printanières se dessine.
A ceux qui voulaient mettre à bas le système social des Trente Glorieuses,
répondent aujourd’hui les adversaires de toute atteinte aux effectifs en charge de l’enseignement public. Pas d’envolées politico lyriques dans cette défense du statu quo : juste le souci de l’immobilisme, à défaut de pouvoir obtenir un plus-de-dépenses non assuré d’engendrer de meilleures performances.
« Rétablissement des postes supprimés et [de] ceux transformés en heures supplémentaires ; pas plus de 25 élèves par classe ; maintien du BEP et de la carte scolaire ; rétablissement des filières, options et classes supprimé[e]s ; embauche des personnels nécessaire[s] ; régularisation des élèves sans-papiers ; non application du rapport Pochard. » : voilà l’appel de la coordination nationale lycéenne. Pour contribuer à leur mouvement, utile au regard d’acquis déficients, je leur ai signalé, entre crochets, trois belles fautes dans leurs revendications. Juste pour rire…
Un Etat de droite contraint de saisir l’opportunité d’un départ massif à la
retraite de la génération qui voulait changer le monde, pour tenter de dompter l’irrépressible abysse budgétaire. Les grognes sourcilleuses de la Commission européenne et le sens de la responsabilité politique l’imposent. Comment insuffler une austérité financière sans toucher aux effectifs pléthoriques de l’Education nationale ? L’initiative reste homéopathique – 11 200 postes non renouvelés sur 1 153 705 personnes (chiffre de 2005), soit 0,97 % de la masse salariale – et pourtant : le « pas touche ! » lycéen émerge et voudrait mettre à profit l’avant saison printanière pour enfler et s’offrir un joli (et bruyant) mois de mai.
Dates prises avec la sphère fonctionnaire pour défiler contre l’Etat politique, mais pour toujours plus de fonction publique d’Etat. Reste à dénicher le prétexte catalyseur : la malheureuse petite phrase désobligeante du ministre Darcos, la prestation intransigeante du Fillon de
Matignon ou, délectable paroxysme à guetter, l’écart langagier d’un Elysée sarkozyé. Jubilation des immobilitionnaires, à coup sûr ! Les syndicats tenteront alors la jonction : contrairement aux indigestes pavés de leurs parents, les sages objectifs de la génération 08 peuvent s’accorder avec les à-coups syndicaux pour un ‘tit gain social. Contrepouvoir nécessaire qui ne sortira pas des codes de l’Etat de droit.
A cette sonore et mouvante mobilisation se grefferont les féroces nihilistes, les révolutionnaires en manque de soirs sanguinaires, les casseurs aux barbaries urbaines : la frange saprophyte qui surgit à chaque déambulation estudiantine pour prélever
de force son dû, selon le modèle primaire de la consommation sans entraves, et détruire à tout va pour soulager ses poussées d’adrénaline. Souvenons-nous des fins de cortèges anti-CPE et de leurs déjections comportementales.
A l’ennui de la jeunesse soixante-huitarde, embarquée dans une frénétique reconstruction par
des géniteurs tout en grisaille, obsédés par l’enfouissement des traumatismes de la Seconde Guerre, répond une envie diffuse des huitards du vingt-et-unième : pérenniser les avantages structurels établis par leurs parents et grands-parents, pour ne surtout pas hypothéquer leur chance d’attraper les petits bouts de gras offerts par une France pas encore tout à fait rance…
Quel grand écart, finalement, et même pas douloureux ! D’un côté, l’ardent désir d’ébranler les institutions et l’économie débridée, allant jusqu’à suggérer sur un mur de la vénérable Sorbonne : « Les avantages sociaux, c’est la mort ». De l’autre, la volonté de préserver, de garantir,
de renforcer et d’agrandir un modèle branlant, mais rassurant. En somme, en quarante ans, nous voilà passés des arrhes d’une révolution avortée à l’art d’une dévolution sociale fissurée.
Se situer entre ces deux aspirations, cela semble plus facile pour « un qui balance entre deux âges », comme moi, pas encore né aux temps des barricades ensablées et plus au contact des pupitres depuis quelques lustres.
Une petite mise en garde à la génération lycéenne 2008, pour que ses desseins trouvent une voie politique ; je la puise dans les imaginatives
prescriptions que le papy-boom avait inscrit dans ses vertes années, au cours d’un mai chahuteur : « Suppression du droit de vote avec la retraite » (Arcades, rue Corneille, Odéon). Sans quoi, aucune chance que la jeunesse actuelle, minoritaire dans la population française, puisse convaincre les dirigeants de l’exécutif d’aller à l’encontre du mastodonte soixante-huitard à l’aube de la quille.
« Il n’y aura plus désormais que deux catégories d’hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires » : boutade relevée sur le mur de l’Education surveillée.

Mardi 22 avril
Ce soir, un docu-fiction de Serge Moati sur le passé « vichysso-résistant » de François Mitterrand. Le réalisateur avoue son étonnement et sa déception lorsque l’ouvrage de Pierre Péan pointa la zone d’ombre. Ce qui surprend, chez Moati comme chez tant d’autres qui semblèrent tomber des nues, c’est le manque total de curiosité.
Le magazine Le Crapouillot, certes classé à l’extrême droite, avait consacré plusieurs numéros à ce thème, et le premier dès 1972 ! J’ai en possession ceux de 1984, 1988 et 1990. Comment un esprit fureteur comme celui de Moati n’a-t-il pu découvrir avant ces révélations. Moi, simple adolescent en 1984, j’en savais donc bien plus que nombre des Mitterrandiens… Cela laisse songeur sur la pratique de l’autruche pour préserver la pureté ressentie de celui qu’on adule.
Chacun refuse, à un instant donné, ce qu’il perçoit comme des sources infréquentables…

Mercredi 23 avril, 0h23
Déception sur le docu-fiction de Moati, encore trop complaisant, excusant presque tous les choix opportunistes de Mitterrand. De Gaulle est campé comme un bourru falot. Certaines versions contestées du parcours sont entérinées : les prétendues trois évasions, l’existence d’un réseau Morland, la conception précoce de faux papiers, le coup d’éclat salle Wagram… Mièvre, donc, le résultat de ce film qui montre Mitterrand à la tête d’un journal engagé et libre sitôt sa carrière ministérielle retardée. Rien sur sa participation à Votre beauté, magazine fondé par le cagoulard Schueller… Le Fanfan mité s’en sort donc bien… l’histoire a ses chouchous, même chez les sulfureux.

Vendredi 25 avril, 1h28 du mat.
Tout juste couché, je ne peux me dérober à cet appel de la plume pour du ressenti à chaud.
Après un dîner avec les parents B animé de sujets polémiques, visionnage en différé de la prestation du président Sarkozy.
Rien à faire, il faut lui reconnaître une efficacité dans la communication. Le format de l’émission, combinant le décor de l’Elysée pour insuffler du solennel au bling-bling, avec un ton déterminé, sans apparente langue de bois, a touché juste.
Sans doute l’obstination, la férocité journalistique étaient-elles absentes, mais l’agressivité revancharde, à la façon d’un Domenach (commentateur de la prestation sur France 2), aurait été déplacée et sans résultat pour son auteur.
L’impopularité ne cessera pas, mais la perception d’un homme qui entend assumer ses choix politiques, quoi qu’on en pense, s’est renforcée. Alors peut-être un rééquilibrage selon les clivages traditionnels.
Côté journaliste, à noter un David Pujadas accrocheur, un PPDA peu présent, vieillissant et aux UV mal répartis, une Catherine Augé un peu transparente malgré sa sublime chevelure argentée, un Yves Calvi pertinent et sachant transposer son ton Calvi au format d’une interview présidentielle et un Vincent Hervouët tout en nuances incisives, parfois moins adapté au format, qui ont finalement servi l’argumentation du chef de l’Etat.
A chaud : une bonne prestation à l’impact limité.

9h10. La réaction de Ségolène Royal, reçu dans le sept-dix de Nicolas Demorand, n’a, elle, pas brillé par la mécanique pavlovienne de sa critique à tout va de l’émission. Toujours cette désagréable impression de l’entendre éructer en lieu et place d’une argumentation raisonnée.

Samedi 26 avril
De l’estival au bord du Rhône en attendant ma BB. Lecture intensive pour me préparer à cette petite reprise, trois jours d’activité, puis une nouvelle pause de quatre. Les parents de BB, arrivés jeudi soir, passent la journée à Toucieux avec quelques anciens de la famille pour un anniversaire de mariage.
Mon Ramolli mois de « mais ! » publié sur AgoraVox n’a engendré que de très crétines remarques. De moins en moins d’intérêt à me confronter aux haineux qui se dissimulent – pour un retour sur blog bien maigre.

Mai

Jeudi 1er mai
9h30. Hier, sitôt sorti de Cqfd, je retrouve ma BB au garage pour filer en Grande Punto vers Montagnac, dans l’Hérault. Retrouver l’univers barbare des automobilistes, avec ses grosses cylindrées qui s’énervent dès qu’on s’attarde sur leur voie de gauche pour doubler à notre rythme. Pitoyables couillons !
Je remarque une nette reprise de la vitesse excessive qui nécessiterait une plus féroce répression. Le paradoxe : au nom de la préservation des libertés individuelles on entérine de fait le prélèvement de vies sur les routes, ce lot morbide de morts violentes et prématurées.
Passage obligé sur l’asphalte autoroutier pour rejoindre maman et Jean dans le gîte loué. Arrivés un peu avant 23h, nous mangeons dans une chaleureuse ambiance de vacances et maman nous fait découvrir, par photos, l’avancement de la construction de la maison estivale sise dans une partie du jardin de Fontès. Les murs sont édifiés et la toiture s’annonce pour les prochaines semaines. Du plaisir d’été et d’intersaisons à venir, la maison devrait être livrée à la mi-juillet.
Découpé en trois, le jardin est méconnaissable avec ses arbres abattus, sa haie partiellement rasée et les traces temporaires du gros œuvre. La demeure qui se dessine préfigure les rires familiaux, les conversations sonores par le goût des polémiques maîtrisées, les jeux prétexte aux délires partagés : la palette renouvelée d’une complicité humaine pérenne. Comme un hommage existentiel à mon adorée grand-mère : perpétuer, sur ce lieu, la densité affective, les instants de vraie communion festive, l’essentiel de la vie vive, ces parenthèses que l’on voudrait comme éternité.

Vendredi 2 mai
Journée familiale, avec l’oncle Paul et sa compagne Liliane venus en voisins fontesols pour le repas et la promenade dans les ruelles de Montagnac.
Après la visite de quelques caves coopératives ce matin, nous irons prendre le café chez eux avant, BB et moi, de rouler vers Arles, pour un tout autre univers.
Vu hier, sur l’ordinateur de maman, la photographie d’une peinture, apparemment non torturée, de Bruce : il faut lui reconnaître un talent dans la conception, la mise en forme, en couleurs et en espace de ses toiles. Que cela l’épanouisse, je lui souhaite, mais je doute d’un impact éthique sur son rapport au monde. L’art n’a jamais favorisé l’exemplarité existentielle. Nos goûts pour les œuvres de certains ne peuvent s’encombrer de la trajectoire parfois sordide de leurs auteurs.
Exaspérant sujet d’actualité : le pauvre pouvoir d’achat des Français. J’en viens même à changer de chaîne, de station ou à tourner la page lorsqu’un média nous farcit de cette antienne qui agrège tous les mécontentements. Nous faire accroire que la situation moyenne de la population s’est dégradée, lorsqu’on jauge son taux d’équipement technologique et la course effrénée à satisfaire ses désirs, rebute et agace. Comme cette tarte à la crème d’un euro qui serait le péché originel expliquant l’envolée des prix depuis maintenant six ans.
Que le peuple arrête de se prendre pour un conglomérat de cons ou, tout au moins, qu’il fasse preuve d’un minimum de mémoire. Toute situation monétaire est ambivalente, bien sûr, mais ne vaut-il pas mieux bénéficier d’un bouclier protecteur qui, entre autres avantages, freine la hausse du pétrole pour les consommateurs automobilistes, que de fantasmer sur les illusoires bénéfices que nous aurait apporté un franc dévalué à deux reprises en un demi siècle ?
Chacun s’est habitué, à l’époque des surplus agricoles (les peuples des futurs pays émergents crevaient, eux, de faim, mais ça ne nous affectait pas plus que cela…) à payer toujours moins sa nourriture. On ne peut aspirer à toujours plus de confort, de loisirs, et se hérisser dès que des masses de gens accèdent simplement à un mieux vivre qui passe forcément par l’alimentation. Il faudra admettre payer plus cher pour se nourrir et renoncer, le cas échéant, à l’accessoire de l’équipement.
Des miséreux qui acceptaient leur sort, nous voilà à l’ère du misérabilisme revendicateur. Chacun justifie sa défiance à l’égard des dirigeants politiques, économiques, par des simplismes rassurants sur sa propre posture victimaire. A partir de quelle donnée peut-on affirmer qu’il y aurait plus de malfaisants, en poids relatif, chez les dirigeants des multinationales que chez les employés ? Dans son esprit approximatif, le citoyen anonyme admet qu’il y ait des brebis galeuses dans ses rangs, et s’en fait même parfois des sujets de fantasme ou de fascination, de Kerviel à Fourniret, mais perçoit comme une généralité les déviances humaines des détenteurs de pouvoirs. Sachons, là aussi, rester modeste dans nos sentences.

Samedi 3 mai
9h10. Nuit dans le joli nid de Fanny (à Aix en Provence pour le week-end), après un dîner partagé avec Louise et Richard. Occasion de goûter un Pineau des Charentes d’exception et un Cognac X.O. hors d’âge, mêlé aux volutes d’un cigare de Guantanamera.
Attente que ma BB soit en beauté pour aller vagabonder dans les artères colorées du marché d’Arles. Je me laisse bercer par quelques airs inspirants d’un signet de mon MP3 : Jeff Buckley, John Legend… et parcours les myriades d’objets et décorations qui personnalisent ce charmant appartement. Comment ne pas déceler dans ce lieu la belle âme qui l’occupe.
Cela replonge dans ces instants de joyeuse troupe qui magnifièrent quelques soirées improvisées. Ces moments où le bon esprit fuse et la complicité semble ne pas vouloir expirer. Les Fanny, Mylène, Romy, Aude autour de la sœur de BB, et tous ceux à présence variable, qui savaient créer, le temps d’une réunion, la trame festive pour un partage à renouveler.
Du factuel, plus que jamais, la réflexion en berne. Poursuite de La Décennie de Cusset qui me permet de contrecarrer, dans la marge, certains arguments.

Dimanche 4 mai
10h04. Retour au bercail. Curieux comme certaines ambiances, tout accueillants que soient les hôtes, me laissent fermé. Comme si je ne pouvais sortir de ma réserve défensive. Cochon de caractère que je me trimballe !
Hier soir, évocation des délires sentimentaux (réglés aujourd’hui) du fils de Richard, avec une Tunisienne jamais rencontrée, de dix ans plus âgée, et n’offrant aucune autre perspective qu’un gouffre financier pour assouvir les besoins d’interminables entretiens téléphoniques.
Ce fantasme de l’idéal féminin, qui vous transporte dans l’irrationnel, je l’ai eu vers 1994, avec une certaine Rachel C. (au pseudo d’Ornella, via le Minitel) et dont je n’avais eu que quelques soupçons de voix et une photo… de dos ! Heureusement, pas de téléphone obtenu ce qui m’a évité les conséquences pécuniaires, mais ce qui a dessiné la non sincérité de la demoiselle, voire sa perfide manipulation. Ainsi s’aguerrissent les petits cœurs que les mâles sensibles tentent de ne plus être, ou plus que de façon parcimonieuse.

Lundi 5 mai, 23h24
Tentative de reprise du Shaeffer offert par ma BB et qui n’a jamais eu un débit d’encre digne d’un plume. Ma douce travaille cette nuit, une reprise à regret pour nous deux. Terne vie professionnelle, pour ma part, qui ne répond qu’aux nécessités minimales financières. Cette vie active n’a rien de transcendant. Le néant existentiel n’est pas loin. Pas d’amertume, juste la conscience de mes limites, de mon absence d’ambition.

Mardi 6 mai, 23h23
Alors que l’an I du quinquennat sarkozyen s’achève, les médias s’ébrouent sur le bilan. Dans N’ayons pas peur des mots, le chenu, mais toujours vivace, Philippe Tesson s’enthousiaste sur l’audace réformatrice du chef de l’Etat. Pour lui, aucun président de la Ve n’avait entrepris autant de projets de changement à la fois et dans tous les domaines. La population française semble admettre la nécessité de ces réformes, même si, individuellement, chacun voudrait ne pas en subir les contraintes en les réservant à ses voisins. Toujours cette incapacité à se remettre en cause dans son fonctionnement social.
Le relationnel amical se délite, chacun focalisé sur les obligations de son existence. Les relances d’invitation ou de contact de Barbara & Jean-Luc, d’Eddy & Bonny, n’ont rien donné. Des disponibilités beaucoup plus rares d’Elo, d’Aline & Pedro. L’éloignement de Shue a raréfié les contacts, celui de Liselle les a anéantis. Piteux résultat donc.

Vendredi 9 mai
Le dîner à une quinzaine, mercredi, chez une collège de ma BB, a confirmé mon peu d’enclin pour les réunions groupales. Chacun laisse transparaître une face tellement incomplète ou déformée que tout écart à l’apparente harmonie s’identifie comme une incongruité à étouffer dans l’œuf. Les trois quarts des présents, pris à l’unité, n’ont rien de désagréable, bien au contraire, mais leur conversation de prédilection, sitôt le grégarisme assumé, c’est l’attaque ad hominem visant leur univers professionnel. Le vice est poussé jusqu’à se lâcher à la critique d’un couple invité, parti en premier le café achevé.
Ce n’est pas tant le regard acéré qui m’incommode, ma pratique pamphlétaire me rendrait sinon incohérent, que son expression en l’absence des sujets de rogne et sans remettre en cause la face affichée lors de leur présence.
Tout de même, dans l’assemblée réunie, un médecin et sa (récente) compagne m’irritent : l’un s’essaye à la nonchalance urticante, l’autre rabaisse son agaçant partenaire dès qu’une occasion surgit. Dès que j’ai pu contrecarrer un argument du thérapeute, je l’ai fait avec une froideur et un tranchant explicites. A leur départ, la distraite poignée de main échangée avec le bougre, la femme n’ayant pas, à ma grande satisfaction, fait le déplacement jusqu’à moi, et la teneur définitive de l’au revoir prononcé, ne laissaient aucun doute sur le peu d’affinités réciproques.
Je n’ai tout de même pas poussé mon caractère réfractaire jusqu’à l’éclat assumé à la Dupontel, dans Deux heures à tuer, pour ma BB et les autres sympathiques convives.

Samedi 10 mai
Au Q boat, sur la confortable terrasse qui doit être inaugurée le 15 courant. L’artère verte de ces bords du Rhône reste bien peuplée à 20h15. Défilé estival qui doit enchanter l’équipe municipale reconduite. Totale appropriation par la population lyonnaise. La propreté des pelouses laissées à disposition, pour une fin de journée, tendrait à démontrer un respect des lieux.
Après mon pessimisme foncier dans le grand Manus, me voilà presque rassuré dans ce Manus portable.
Reprise de la vie près du fleuve. Le symbole et la pratique ont propulsé Lugdunum au troisième rang des grandes villes où il fait bon vivre.
Comme souvent, je dois être un des rares attablés seuls : avec un Monaco, quelques cacahuètes, la pop de mon MP3, aucun regret de cette situation et tendre pensée à ma BB.
Quelques témoignages flatteurs sur mon Journal mis en ligne : le désert les entourant autorise, pour affermir un peu l’ego, que j’en laisse trace dans l’objet des louanges.
D’abord un lyonnais anonyme, résidant rue Bonnel, s’enthousiaste d’avoir pu trouver ce témoignage de vie qu’il rapproche des extravagances d’un Bukowski, l’imprégnation alcoolique retirée. Sans doute ma période batifolante avec échos dans ces pages.
Le Bring on the night sur scène, avec un virtuose des blanches et noires, vous envoie vers l’ubiquité stellaire, des ondes musicale comme un voyage à la vitesse des sens, tous azimuts, sans limite, inénarrable décollage vers les cimes de l’impro, chef d’œuvre incarné des élancements rythmés.
Les aventures humaines, les dons de soi pour une cause qui permet de faire un peu grandir l’humanité réconcilient avec cette espèce imprévisible.
Un entre chien et loup prononcé va m’élancer vers d’autres sphères. Improvisons, en selle de mon Bitween Seven.
Fin du parcours pour du conventionnel en couche épaisse : cité ciné et la dernière méga production hollywoodienne : Iron Main. Sans doute médiocre pour le scénario, la plongée dans le spectaculaire compensera les grosses ficelles. Pour se purger les boyaux de la tête.
La singularité du son de Keziah Jones me fait patienter dans la salle d’attente du complexe.
Les bords du Rhône connaissent une vie estivale sans pareille, avec tous les atouts du farniente multiforme.
Deuxième réaction d’Alice sous mon article Le ramolli mois de « mais ! » : elle estime que seules les mauvaises explications justifient le mécontentement lycéen ; rien sur la possible frilosité de certains, l’abus d’autres avec pour unique visée la dispense de cours (j’ai concrètement assisté à ces comportements lors des grognes entretenues contre le projet Devaquet, en 1986 ou 87). Commode refuge dans le systématique renvoi de la faute sur le dirigeant en place.
Outre cette option de l’ultra tolérance, Alice m’abjure de croire en l’humanité et de faire plein d’enfants pour leur léguer une terre préservée par le combat acharné d’une communauté humaine bienveillante (j’en rajoute un chouia dans la reformulation !). La divergence est là centrale : je n’ai aucun enclin pour le concept globalisant d’humanité, d’autant plus en parcourant ses dérives sanglantes, ses barbaries toujours recommencées, et ce depuis ses débuts. Si la fréquentation peut me conduire aux meilleurs sentiments et jugements, je garde cette méfiance léautaudienne a priori.

Dimanche 11 mai
Ces quelques jours de congés à Lyon en (presque) solitaire n’a pas densifié enthousiasme et projets. La quotidienneté s’écoule, en labeur et en loisirs, sans que cela excite mes fibres. Ce profond détachement des choses, et même des êtres, éclaire le quasi désert relationnel en expansion. Je ne cherche pas vraiment à enrayer le mouvement, comme si mon objectif inavoué était de m’ancrer dans une ville où plus aucune attache (sauf ma BB !) ne perdure. Voilà ma nature profonde : le refus de l’autre qui incommode et l’inaptitude à générer un suivi relationnel.
Sans goût pour autrui, comment s’investir davantage pour une vie nourrie de constructions ? Sombre, depuis mon dodo, délaissant l’actualité, je n’ai rien à prouver, juste à assurer le minimum vital financier pour rembourser un prêt immobilier sur vingt ans et permettre le basique vital.

Lundi 12 mai
Dernier jour de cette parenthèse ludique, je débute l’après-midi dans un cocon vert, non loin de la roseraie animée par le chant d’oiseaux aux anges, car dispensés de prédateurs.
L’angle sombre d’hier ne parasite pas les envolées enthousiastes.

Un documentaire de plus sur François Mitterrand conforte mon admiration pour l’homme privé. En outre, le parcours tortueux de Fanfan Mité, comme je le surnommais de son vivant, a tout de même accouché d’un occupant de l’Elysée à la stature d’homme d’Etat : pas rien, rétrospectivement, lorsqu’on jauge la texture présidentielle de ses successeurs. La vraie tromperie vient des médias français qui, en 1994, ont feint de découvrir ce destin clair-obscur alors que Le Crapouillot (« magazine non-conformiste » en vente libre) consacrait dès 1972 une étude fouillée à la vie et aux contradictions du premier secrétaire du P.S.
L’homme a maintenu à tout prix la dignité de son apparence, ne laissant pas les affres de la maladie liquéfier son esprit. Au contraire, dans le drolatique Starko de Karl Zéro, on découvre un Chirac en abandon comportemental, décontraction avec coupe-vent trop large, jean usé, grosse écharpe rouge nouée, petit-chien-à-mémère, pincement des lèvres façon Heaulme et démarche de vieillard égrotant.
La fin de Mitterrand, 9 avenue Frédéric Le Play, n’a pas manqué de grandeur. Son choix de cesser alimentation et traitement, pour ne pas subir une décrépitude des sens et de l’esprit, l’extrême densité avec laquelle il a fait ses adieux à ses proches, ceux des deux familles, d’Assouan à Latche, permettant à chacun d’en retirer l’affection ou l’amour qui lui permette de vivre au mieux sa disparition, tout cela révèle une noblesse d’âme, quelles qu’aient été ses talents carnassiers pour atteindre et conserver le pouvoir. Le pouvoir : passion sur laquelle Madeleine Chapsal l’interroge à l’automne 1995 pour un ouvrage en préparation, autorisée à lui rendre visite dans son dernier logis parisien, et que j’accompagne jusqu’au troisième étage, accueillis par un impressionnant gorille en costume. Elle m’appellera, peu après, pour me délivrer son ressenti mêlé d’admiration et de tristesse pour cet homme dans son ultime et terrible combat. « Je souffre comme un chien… non comme deux chiens ! » confie-t-il à son fils Jean-Christophe. Une dignité gaullienne dans cette rectitude finale.
Seul regret : alors qu’il est au pied de l’immeuble bourgeois, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1996, de retour d’une clinique qui a informé son médecin que dans la quinzaine suivante le cancer atteindrait le cervelet entraînant cécité, perte du langage et naufrage intellectuel (« Je sais ce qu’il me reste à faire » est la réponse sans ambiguïté de l’indomptable), il se ravise, referme la portière et demande à son chauffeur Pierre Tourlier de l’entraîner pour une dernière escapade au cœur de la capitale de son adoré pays. Refus du salarié qui argue de l’absence de son médecin Jean-Pierre Tarot. Si l’on peut admettre la réaction du fidèle conducteur de n’avoir pas souhaité endosser une telle responsabilité – et si Mitterrand était décédé pendant cette promenade nocturne imprévue ! – on regrette avec lui, a posteriori, de n’avoir pu offrir au vieil homme, décidé à en finir avec ce corps douloureux, ces derniers instants de liberté pour son regard perçant, pour sa culture infinie, pour tout son être avide de vivre cette parenthèse jouissive. Comprenant le message implicite dans le refus du chauffeur, ne pas prendre un risque inconsidéré, il renonce au dernier divertissement et rejoint son troisième étage dont il ne sortira plus vivant.
Jacques Chirac sera le premier personnage, non lié familialement à Mitterrand, à venir se recueillir sur la dépouille du feu président, un peu plus de six mois après l’avoir raccompagné sur le perron de l’Elysée. L’hommage officiel qu’il lui rendra sur les écrans révèlera qu’au-delà l’adversaire politique il respectait l’homme d’Etat et admirait l’homme privé. Et politiquement, étaient-ils si opposés ? Mitterrand aux origines droitistes ; Chirac, le cœur à gauche… L’antagonisme s’est surtout exacerbé pour la conquête de la présidence de la République. Relativiser les oppositions passées pour honorer les qualités fondamentales, voilà l’intelligent et sensible geste de Chirac.
Rapprocher les destins pour mieux les distinguer, et s’interroger sur ce qui a permis à Mitterrand de réunir ses deux familles autour de son cercueil, alors que d’autres ne parviendront même pas à rassembler leur famille légitime au complet. Là où Mazarine Pingeot délivre des souvenirs affectueux pour son père, d’autres fustigeront les salauderies délinquantes de leur géniteur. D’Amstetten aux Ardennes, en dérivant par le plat pays, d’écoeurantes révélations édifient sur le néant paternel de ces enfumeurs de réalité, uniquement déterminés à soulager leurs sordides élans sexuels.

Vendredi 16 mai
Divine surprise pour le modeste salarié que je suis : l’accumulation d’heures effectuées en surplus, par comparaison avec les autres formateurs, me vaut une semaine de liberté. Idéale occasion d’écrire, de publier sur LDP et de poursuivre la saisie et la mise sur Internet du Journal à taire.
Traneing In (?) du virevoltant Coltrane pour improviser sur un sujet.
De la terre au ciel, le deuil de masses asiatiques dépasse nos conceptions de drames plus focalisés. Les crapules d’Etats autoritaires gèrent les offres humanitaires faites par nombre de pays comme de suspectes ingérences. Certes, les potentats chinois maîtrisent bien mieux leur rapport au monde extérieur que l’obtuse et infecte junte militaire : laisser venir à eux tous les petits dollars et euros, ainsi que les matériels proposés, mais éconduire les initiatives humaines.
Au malin cynisme de la sphère dirigeante chinoise, ne répond que la monomaniaque fermeture des oppresseurs. Les peuples, eux, souffrent des deux côtés sans illusion.
La France, elle, hoquette en attendant que les réformes fassent effet et sans cataclysme social. Oui, c’est vrai, le seriné couplet sur le pouvoir d’achat en berne entretient la grogne ambiante, permettant à chacun de reporter ses propres échecs, ses renoncements ou ses incapacités sur le commode portefaix étatique. Ça manifestouille, moui, pour que l’exécutif renonce à ses initiatives, mais sans rien proposer de viable derrière. A moins que la bouille révolutionnaire et anti-capitaliste du Besancenot nous délivre une solution miracle. Allez ! Chiche ! Laissons-lui le Pouvoir cinq ans, rien que pour voir… et avoir la confirmation incarnée de l’inanité de ses slogans simplistes. Son incapacité à former un mouvement qui agrège les composantes de l’extrême gauche peut rendre dubitatif sur ses aptitudes à la gestion déménageante du pays. Qu’il engraisse à son rythme urticant, mais sans jamais déranger les penchants d’une France qui ronchonne.

Lundi 19 mai
Vers 15h. De retour chez Elo, comme au temps où je lui donnais des cours, pour travailler sur son mémoire et prendre de ses nouvelles après qu’elle se soit attrapée un staphylocoque doré. Si la jambe est encore endolorie, l’être est en forme.
Semaine dernière, dans un C dans l’air consacré à la réforme des institutions, notamment au volet parlementaire, parmi les invités experts dans leur domaine, M. Jean Gicquel que j’ai eu en 1988 ou 89 comme professeur de droit constitutionnel. Vingt ans plus tard, le revoir avec le même pétillement dans le regard, les mêmes intonations, la même habitude de manger certaines fins de mots… même s’il semble beaucoup moins à l’aise sur un plateau de télévision qu’à animer un amphi, émotion de le revoir en plein passion argumentative. Parmi quelques souvenirs, celui de m’être fait applaudir par les quelques centaines d’étudiants pour une question donnant lieu à félicitations du professeur : comment expliquer la contradiction entre le principe de non rétroactivité de la loi (inscrit dans la DDHC) et l’intégration d’une rétroactivité pour les crimes contre l’humanité.
Eloignement d’avec Alice qui, une nouvelle fois, s’est fendue d’un absurde commentaire sur mon article Mener, Guerroyer, Mourir. Pourquoi avoir écrit un article dans lequel on n’apprend rien : certain qu’elle connaissait tout des détails sur la fin de vie de Mitterrand. Stupide remarque : mon texte est d’abord l’émotion d’un témoignage et non une démonstration informative.
Autre piste critique : j’aurais voulu, ô condamnable démarche, replonger dans le passé ! Ça c’est de la critique gros calibre… Quel est donc cet esprit malade qui trouve déplacé, incompréhensible, l’évocation d’une parcelle de notre histoire politique ? Est-ce sa haine du père spécialisé dans l’exhumation du passé qui explique cette dérive ?
Finalement, sa pirouette finale, c’est de trancher sur l’absence de talent dans mes écrits. Voilà une sentence de choix qui contredit son propre commentaire sous un autre de mes articles, lequel versait dans l’apologie de ses qualités littéraires. Dérisoire hypocrisie. Notre intolérance réciproque doit nous contraindre à ne pas nous contacter pendant un temps indéterminé.

Mercredi 21 mai
Le relationnel avec Alice s’est dégradé davantage : pour être convaincue de ne pas être la seule à rejeter mes écrits, elle s’est aventurée sur le site de citoyens reporters, AgoraVox, qu’elle a pris pour un autre de mes blogs, laissant quelques commentaires ironiques accompagnés de déplacés « Bisous Lo ! ». La teneur personnelle de ses remarques, à mille lieues de ce qu’on attend sur le site (de l’argumentation étayée sur les articles) m’a mis en rage.
Dans l’une de mes réponses, j’ai souligné que « lorsqu’on partage si peu de choses, on ne tutoie pas ». Effet inverse, elle déballe le contexte avec son prisme déformant : notre filiation (sans préciser non sanguine), le fait de m’avoir retrouvé par le biais de mon blog principal, le peu d’enclin pour ma façon de penser et d’écrire… Et l’insulte suprême pour elle : « le Heïm nouveau est arrivé, berk !!! ». Sur ce, je l’ai virée de mon fichier d’adresses pour informer de mes parutions sur la toile et j’ai bloqué son adresse Msn.
Grave contradiction dans sa démarche : elle s’érige moralisatrice sur mon peu d’enclin pour l’humanité, et prétend que je veux imposer mes vues sans admettre la critique. Qu’elle argumente sur les propos de mon article, et je participerais volontiers au débat créé (comme je le fais avec mes plus virulents opposants sur AgoraVox), mais qu’elle cesse de s’ingérer dans mes choix existentiels et de s’ingénier à m’éclairer sur ce qu’est un VRAI écrivain. Sotte attitude. Finalement, après Hermione, une nouvelle mise à distance salutaire pour cause d’incompatibilité fondamentale. Peut-être, sur nos vieux jours, lorsque nous n’aurons plus rien à prouver à l’autre, mais que seule comptera l’affection préservée, nous pourrons nous retrouver, avant que la Camarde ne fauche tout ce monde tourmenté.

Vendredi 23 mai
Le « fais ce qu’il te plaît » du mois s’applique parfaitement à mon emploi du temps. Après le bénéfice de deux ponts, dont un de cinq jours, une semaine de récupération pour le trop d’heures effectuées les mois précédents, les trois semaines à venir n’auront rien du planning d’un forçat. A goûter pleinement, donc, ce que je fais à la tête d’Or, au calme, face à une étendue verte occupée par quelques daims.

Après l’explosion du prix d’un baril de pétrole, les professions grosses consommatrices de carburant grognent et réclament à l’Etat. Les concurrences à quémander, à faire pression par le blocage…

Mardi 27 mai
Appris hier que le formateur HG, le plus anciennement dans la structure, mettra fin à sa collaboration le 13 juin prochain. Il a trouvé une nouvelle voie plus proche de chez lui, et plus en rapport avec le monde adulte de l’emploi.
Petit choc, tout de même, de voir partir celui qui intervenait sur les mêmes matières que moi. L’entente était complète : j’ai répondu à son mail d’invitation pour un repas de départ, le 11 juin. J’espère que ça n’est pas le premier d’une série. Pour ma part, la proximité géographique m’incline à poursuivre cette activité. Nous verrons la tournure des choses lors de la vraie rentrée de septembre-octobre.
Impression d’une phase transitoire, dans pleins de domaines.
La réforme des institutions capte un peu de temps médiatique, réduisant, à ma plus grande satisfaction, le traitement du barbant pouvoir d’achat du consommateur français.
Après Jean Gicquel, invité la semaine dernière, Yves Calvi fait appel au constitutionnaliste Guy Carcassonne pour débattre dans l’émission du jour. On le sent bien plus à l’aise sur le plateau que son brillant confrère de la Sorbonne, et il démontre, notamment, l’inanité du vocable d’hyperprésident accolé à Nicolas Sarkozy. Sa comparaison entre les pouvoirs effectifs détenus par un G. Pompidou et ceux qui restent au chef de l’Etat actuel, fait largement pencher la balance vers le premier : très peu de décentralisation, une CEE encore timide, une mondialisation embryonnaire, aucune AAI (Autorité administrative indépendante), un secteur public étendu à de grandes structures financières, etc.
Christophe Barbier, autre invité de Calvi, aura beau tenter de sauver cette appellation par un raisonnement un peu spécieux, les références précises du professeur ont eu raison du néologisme de journalistes brouillons et approximatifs par trop d’empressement.
Guy Carcassonne a d’ailleurs souligné le rôle fondamental des médias qui semblent le négliger gravement ces dernière années : vérifier, par l’investigation, les conditions d’application et les conséquences des multiples réformes annoncées à grand renfort de clairon.
Ce soir, le jury populaire du procès Fourniret devait délibérer pour, sans doute, suivre les réquisitions du procureur de la République marquées par l’ignominie des faits et des êtres. « A gerber, Fourniret. A gerber, Olivier » conclue-t-il sa stigmatisation de l’inhumanité des criminels pervers. A 23h27, j’allume France Info pour vérifier si la sentence n’est pas déjà rendue… il ne semble pas encore.
Toujours un petit tour par le Journal du monde présenté par l’accrocheur Vincent Hervouët. Un ton toujours singulier dans un PAF de l’information majoritairement convenu.

Jeudi 29 mai
Le sujet est complexe, objet d’études contradictoires ou complémentaires, mais les parallèles qu’il permet peuvent s’avérer savoureux ou sordides selon la disposition d’esprit.
Alors que des émeutes de la faim catalysent les plus pauvres contrées, et qu’une des causes de la flambée des prix serait la part croissante de la production agricole consacrée à nourrir… les moteurs, la meute des corporatismes, via les pays riches, cherche à obtenir tous les soutiens financiers pour prolonger les activités grosses consommatrices de carburant.

Les meutes sans fin

« Faire son plein ! » En voilà un bel étendard de société de consommation… Siphonner jusqu’au fond la cuve pour remplir son réservoir : le dodu peut alors traîner sa carcasse roulante où l’envie l’exige, sans entrave, sauf celle de trouver les voies à sa convenance. La libre circulation : fondamental pour le sédentaire bipède, pour l’instant encore blanc et occidental en majorité.
Fini l’âge d’or de l’insouciante tétée aux tétines de l’opep ! L’émergence des uns contraint le désir des autres… La complexité du phénomène tient en quelques expressions-clefs qui verrouillent toute perspective de baisse des prix du pétrole : demande exponentielle, maîtrise stratégique de l’offre, incertitudes sur les réserves disponibles, spéculation financière. La tambouille écoeure et certains rapprochements révoltent.
Là-bas, des émeutes de la faim catalysent de pauvres contrées : prix insupportables de denrées alimentaires. Une des causes : la part croissante de productions agricoles consacrées à nourrir… des moteurs ! Les adeptes de la Deep Ecology doivent se réjouir : poursuivre ce programme pourrait, en concomitance, limiter la pollution et alléger la planète de quelques millions d’âmes humaines, les vilaines !
Ici, les meutes corporatistes sont prêtes à la surenchère violente pour obtenir les perfusions financières nécessaires à leur survie. Certaines professions souffrent des coups de massue énergétiques. On peut même s’émouvoir de quelques tragiques destins ; mais le politique ne doit pas satisfaire systématiquement les demandes d’aides, d’allègements, de réductions et autres compensations sous peine d’un fatal appel d’air de revendications en cascade.
A toujours tout attendre d’un Etat qui ne devrait avoir comme marge financière que l’apport de la collectivité, on dévoie la liberté d’entreprendre, par définition porteuse de risques. Si tout professionnel au bord de la faillite, quelle que soit la cause, exigeait comme les pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs (de biens et de personnes) que le gouvernement alignât les biffetons, le risque d’implosion du système se préciserait.
A défaut de générosité étatique, certains iraient bien s’emparer des colossaux bénéfices de Total, passant outre les quelques dizaines de milliers de salariés de la multinationale française, les nécessités d’investissements pour assurer l’avenir de l’activité et la fragilisation d’un fleuron de l’économie nationale face aux mastodontes concurrents dans son secteur. La naïveté révolutionnaire, s’arroger l’argent des possédants et tout ira mieux, laisse songeur sur le peu de leçons tirées de l’application d’idéologies spoliatrices.
Les grognes n’en ont donc pas fini de se succéder, voire de se cumuler. Les prix de l’or visqueux sont peut-être le reflet d’un marché « complètement fou » comme le qualifie le secrétaire général de l’OPEP. Pourtant, l’AIE constate : les quatre cents plus gros champs pétroliers – quelle bucolique métaphore, on y gambaderait pieds nus ! – se vident plus rapidement qu’escompté. Cela ne peut qu’amplifier la flambée des prix. Quatre cents milliards de barils : réserves actuelles disponibles des huit pays plus gros producteurs. Quatre-vingt sept millions de barils : production quotidienne en 2008. Le rapport à faire entre ces deux données ne calmera pas les gloutons en carburant, sauf à se résigner à trouver d’autres ressources ou d’autres modes de fonctionnement.
Encore une fois, la France seule n’a pas grand pouvoir pour résoudre cette crise, sauf à créer l’hémorragie de ses déficits publics. C’est à l’Union européenne d’explorer les solutions : règles protectionnistes, réorganisation des secteurs sinistrés, achats groupés de gazole permettant d’abaisser les prix, etc.
Point positif, tout de même : on n’entend plus les billevesées nostalgiques des eurosceptiques. La tronche de nos agriculteurs et de nos marins pêcheurs si le bon vieux franc avait dû endurer l’envolée des cours du pétrole ! Chaque citoyen européen, dont la monnaie nationale ne présentait pas de gages probants de solidité – plongez dans vos souvenirs, demandez à vos aînés ! – peut louer l’euro à chaque fois qu’il passe à la pompe et remercier l’apparente rigidité de Jean-Claude Trichet. On changera un peu l’air éculé : « C’est la faute à l’euro, si j’suis dans le ruisseau ! La garce européenne m’a laissé seul en peine ! »
Que tous ceux qui décèlent partout et en tout des hausses de prix intolérables (certainement dans les utiles équipements technologiques !), atteintes au fameux et hideux pouvoir d’achat mis en berne par les médias, réfléchissent un petit moment sur ce qui constitue leur consommation. N’est-ce pas plutôt un rééquilibrage des valeurs vers le fondamental ?
A trop présenter l’acte d’achat comme l’exercice d’une puissance souveraine et individuelle, on avait peut-être oublié que se nourrir, se loger, se chauffer et se déplacer n’avaient pas la part réelle dans notre budget : le développement des autres, et notamment des lointains Asiatiques, avant que ce ne soit le tour, espérons-le, de l’Afrique, nous le rappelle cruellement.
A quand la grève des vacanciers se rebellant contre un carburant au coût prohibitif qui freinera leurs pérégrinations ?

Juin

Vendredi 9 juin
Alerte hier soir lorsque le papa de BB appelle pour signaler que son épouse a été admise en soins intensifs : une douleur persistante à la poitrine a décidé son médecin généraliste à cette urgence. Finalement, une heure plus tard, nouvel appel pour préciser qu’il ne s’agit que d’une angine de poitrine et non d’un infarctus. Pas la première alerte de santé puisque Annette a dû cesser l’activité de distribution de journaux dès potron-minet suite au diagnostic d’un genou détérioré. Un complément de revenus évaporé, mais une nécessité corporelle. Le 14 juillet prochain, elle fêtera ses soixante-dix ans.
Week-end du vélo dans quatre cents villes françaises, mais une grisaille presque déprimante enveloppe Lyon depuis plusieurs jours et ne se lèvera pas pour les deux-roues. Le vandalisme sur les Vélo’v et les Vélib’ se confirme et ajoute même quelques lamentables cordes à ses exactions : bornes explosées, vélos chouravés, attaches cassées. A chaque fois que je découvre les restes de ces passages, le pire des sentiments de représailles disproportionnées me tenaille. France Inter, dans son journal du matin, donne la parole à quelques obscurs parangons du vandalisme urbain. Lamentable !
Parmi les arguments lus et entendus des anti-américains, quelques perfidies remettaient même en cause la réalité démocratique du pays. Quelle leçon depuis quelques mois et les captivantes primaires démocrates.
Finalement, moins rassurantes nouvelles pour Annette : ma BB m’appelle du travail pour m’informer qu’elle a dû subir une réouverture d’une coronaire.

Dimanche 8 juin, 23h15
Un lever prévu à 6h25, ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’une semaine. La période n’est pas à la surcharge professionnelle.
Journée dominicale studieuse avec Elo à s’acharner sur la rédaction de son mémoire à rendre en fin de semaine. Sujet sur les valeurs de l’entreprise et le rôle de la communication en ce domaine. Pas vraiment un domaine enchanteur pour moi, mais l’affection transcende les réserves formelles.
Elle a eu quelques nouvelles de Shaïna, pas vue depuis des lustres, qui a connu une difficile période avec la mort par empoisonnement de son grand-père : sa grand-mère, sujette à une schizophrénie, serait soupçonnée.
La maman de BB, toujours à l’hôpital, semble se remettre vaillamment de l’intervention médicale. Le suivi nécessitera le sérieux un peu plus prononcé d’un généraliste.

Lundi 9 juin
16h, depuis les berges du Rhône et sous un astre régénérant. L’après-midi s’est conjugué avec la fastidieuse relecture du mémoire d’Elo. Des passages truffés de fautes et un sujet de moyen intérêt pour moi font de ce travail un pur acte affectif. Après Shue et Sandre, Elo est la troisième bénéficiaire de mes conseils plus ou moins inspirés, pour finaliser leur étude (thèse de médecine, de didactologie et mémoire de DECF). Que de la satisfaction relationnelle.
A retenir du week-end dans l’actualité des VIP : une mort et un départ forcé.
Disparition du grand Dino Risi, réalisateur de comédies avec, notamment, l’immense Vittorio Gassman.

TF1 sans Poivre

Débarquement programmé de l’institution vicésimale du Vingt Heures, l’attachant Patrick Poivre d’Arvor. Je le revendique volontiers, comme sept à huit millions de téléspectateurs, c’est son journal télévisé que je préfère : douceur familière d’une voix, présence chaleureuse pour annoncer les sujets, calme olympien apaisant et incontestable professionnalisme malgré quelques imprécisions langagières qui, finalement, rassurent sur son humaine imperfection. A soixante balais, son intégrité capillaire maintenue vaille que vaille, le Salarié Premier de TF1 est brusquement remercié.
Nonce Paolini imprime sa marque saignante dans la destinée de la première chaîne en virant quelques mastodontes de l’information : après le, certes, plus très jeune Charles Villeneuve, c’est le directeur de l’information Robert Namias qui est prié d’aller renifler d’autres univers audiovisuels.
Dans le cas PPDA, l’une des motivations sous-jacentes de la direction serait la peu appréciée remarque du journaliste lors d’un entretien avec le suractif chef de l’Etat. Imageant son ressenti d’un frénétique Sarkozy embrassant l’Elysée, Poivre d’Arvor s’est risqué, avec le ton bon enfant qu’on affectionne, à faire le parallèle avec un petit garçon excité par la découverte de la place suprême dans le Royaume Politis. Vexation du grincheux Nicolas et pression pour accélérer la fin de carrière du ponte télévisuel.
Rumeur ? Médisance ? Fantasme ? Peut-être. Certaines pratiques antérieures (Paris Match, au premier chef) s’en rapprochent pourtant malignement.
L’audiovisuel comme chose du pouvoir, rien de nouveau sous les antennes et les paraboles, mais bien plutôt au cœur des fibres… politiques. A la censure officielle d’une ORTF aux ordres, aux diktats imposés aux chaînes publiques se substitue, pour le privé prétendument libre, l’insidieuse pression fardée d’une hypocrite proclamation de non interventionnisme.
Pas là pour plaindre le PPDA qui vivra pleinement une retraite en or massif agrémentée de quelques collaborations pépères. Plutôt un amusement, un chouia inquiet, du congru seuil de tolérance du pouvoir exécutif à l’égard de la liberté des médias historiques. Internet contrebalance, heureusement, cette ringarde rigidité de TF1 qui n’assume pas une pique homéopathique de son journaliste vedette.
Qu’elles sont loin les périodes d’affranchissement d’un cathodique hérissé ; l’ère est bien au plasma plat, fade, insipide, dans le rang ! Aux abysses l’indomptable Droit de Réponse – irremplaçable Michel Polac ! – aux catacombes le vitriolé Bébête Show, aux oubliettes les quelques niches non-conformistes qui musclaient le cortex. La chaîne encore leader a fait de sa grille un tamis nivelant où ne passent que les séries ripolinées aux intrigues mécaniques dans leur créneau exploité, récuré même ! où ne sont tolérées que les gentilles pitreries d’un Cauet élevé dans les salles de garde, le tout truffé de quelques confrontations sportives élevées au rang d’événements... sponsorisés.
Alors, quelles que soient les coulisses de cette décision contre Poivre d’Arvor, la texture de la chaîne Bouygues se dévitalise inexorablement : pas grand-chose à retirer de sa petite musique convenue qui ne doit plus être troublée par le moindre frétillement réfractaire.

Samedi 14 juin

Unis dans la malignité

La blogosphère bruisse du « Ouf ! Le peuple irlandais a donné une bonne leçon à tous ces technocrates de Bruxelles ! ». Depuis le tonnerre du printemps 2005, rien de viable n’est sorti des refus français et néerlandais. Le camp hétéroclite n’apparaissait d’accord que sur une seule chose : il faut rejeter. Quelle tromperie d’avoir prétendu qu’un Non apporterait un nouveau souffle à l’UE. Les Français n’ont rien vu, les Irlandais ne verront rien.
Bas les masques Mélenchon, Buffet, Besancenot ! Le trio de circonstance se réjouit de l’enterrement, par l’Irlande, du traité de Lisbonne alors même qu’une des principales motivations des Nonistes de ce pays est de conserver coûte que coûte un système ultra libéral jouant sur ce qui peut rapporter le plus. Engranger le maximum de subventions européennes (soixante milliards cumulés, soit vingt mille euros par électeur) – ah ! les saligauds de technocrates qui délivrent cette manne ! – tout en s’accrochant au dumping fiscal qui, avec un impôt sur les bénéfices des sociétés de seulement 20 %, leur permet d’attirer les plus juteuses multinationales, notamment américaines.
Ça, les gauchistes anti-Lisbonne ne veulent surtout pas l’entendre. Seule compte la primaire vengeance contre le choix d’une ratification par voie parlementaire impulsé par un président de la République qui l’avait retenu et annoncé avant son élection.
Ne revenons pas sur les arguments anti-parlementaires qui font de la ratification par le pouvoir législatif une injure au peuple. Nous les avons déjà stigmatisés comme un dangereux populisme qui fait se retrouver copains comme cochons ceux qui s’étripent sur les questions internes.
Face à ce nationalisme social, et comme un magistral pied de nez à l’actualité, il faudrait que la multinationale française Total, société de droit privé dont les bénéfices seraient un « bien collectif » (du Ségolène Royal pur cru), fixe son siège social à Dublin. Cette décision pourrait être justifiée par son PDG comme une conséquence de cet acharnement à rallier tout et n’importe quoi, pourvu que l’immobilisme européen soit consacré. Nous pourrions ainsi, concrètement, jauger la prétendue solidarité des Nonistes français et irlandais. Comme ce serait amusant. Allez, chiche Monsieur de Margerie, juste pour les flanquer devant leurs responsabilités, pontes politiques et électeurs de base réunis !
Comment bénir ce nouvel enlisement de l’UE lorsqu’on se revendique européen ? C’est là toute l’escroquerie des rejets successifs qui, sans l’enthousiasme de peuples et l’engagement de gouvernants, nous auraient laissés entre le charbon et l’acier.
Une donnée simple qu’ont prouvée les trois ans écoulés depuis le Non français : aucun projet de remplacement ne peut sortir de cette clique hétéroclite, aucun traité de substitution ne peut être porté par des élus issus de cette chapelle biscornue et être accepté par les vingt six autres partenaires. Impossible !
Si l’on reprend l’historique des rejets, une constante vaut principe politique : à chaque fois le refus est permis par une alliance de circonstance, incapable de perdurer sitôt la victoire obtenue. Comment peut-on croire qu’une stérilité nationale puisse avoir un quelconque poids, à l’échelle européenne, autre que celui de bloquer tout processus engagé grâce à l’arme divine : l’unanimité.
Le 2 juin 1992, au Danemark, le parti socialiste populaire allié à l’extrême droite permet de repousser le traité de Maastricht. Le 8 juin 2001, les Irlandais (encore eux !) font confiance aux discours de quatre partis politiques, totalisant quatre députés sur les cent soixante six du Parlement, pour rejeter un traité de Nice qu’ils semblent tant vouloir conserver aujourd’hui. Le 14 septembre 2003, forte de son exemplarité budgétaire, la Suède repousse l’entrée dans la zone euro, snobant le laxisme franco-allemand dans ce domaine, et laissant le Parti de gauche et les Verts se faire les mamours de circonstance. Arrêtons le sinistre catalogue qui n’a servi que les ambitions et les stratégies à court terme, portant autant de coups à l’idée d’une union politique.
Alors faut-il abandonner tout changement du fonctionnement des institutions européennes pour lancer cette tant réclamée Europe sociale ? L’absurdité de la démarche des Nonistes saute aux yeux. Comment parvenir à harmoniser vers le haut les règles sociales si l’on ne change pas la cause des blocages décisionnels de ces dernières années ? Tout rejet d’une réforme des institutions nous fait perdre plusieurs années dans l’avancée d’une construction sociale de l’UE. On l’a bien constaté avec les Non français et néerlandais, nous en aurons la confirmation avec le rejet irlandais.
La confusion est grave, ou cyniquement mobilisatrice pour certains irresponsables politiques : faire croire que repousser un projet de réforme institutionnelle va infléchir les politiques mises en œuvre. C’est abuser les électeurs : le fond de la politique européenne est décidé conjointement par le conseil de l’UE et le Parlement sous l’égide du Conseil européen. La Commission, elle, ne fait qu’exécuter ce qui a été décidé, notamment en répartissant les fonds. Ce n’est donc pas dans le traité de Lisbonne, de Nice ou de Pétaouchnock que les Européens vont trouver le contenu politique, mais lors des élections législatives, présidentielles et européennes.
Le paradoxe de cette grogne irlandaise, c’est qu’elle hypothèquera toute application efficace du programme politique qui sortira des urnes en juin 2009 du fait même d’avoir empêché l’amélioration des règles de fonctionnement. Beau résultat !
En outre, la présidence française qui devait lancer divers chantiers passionnants (énergie, immigration, climat, défense commune) mobilisera son énergie à tenter un énième accord sur un cadre institutionnel commun. Que les six mois français ne rayonnent pas ne sera pas pour déplaire à nombre de nos partenaires, mais c’est la crédibilité, voire la viabilité de l’Union qui se poseront. Ne doutons pas, en effet, que les pays émergents n’attendront pas que nous soyons prêts pour lancer leur conquête économique du versatile continent.
A force de vouloir une perfection de traité – entéléchie juridique dont la perception change selon les détracteurs – nous n’aurons peut-être plus grand-chose auquel prétendre. Le nationalisme social fera alors son œuvre, chaque peuple présupposant qu’il sera mieux protégé par son pouvoir national que par des instances européennes inopérantes… du fait même de ces mises à bas successives.
Une proposition : attendons de voir si ceux-là mêmes qui ont appelé, et réussi, à tuer dans l’œuf le nouvel élan européen parviendront à traduire en acte constructif leur défiance à l’égard des détenteurs du pouvoir. Que tous ces donneurs de leçons démocratiques qui prétendent représenter une majorité des plus de 350 millions d’électeurs décrochent une large victoire aux élections européennes. Qu’un à un les dirigeants soient remplacés, via les urnes, par les représentants de leur programme. Une demie décennie pour cette purge ? Et bien prenons-la, si le projet en vaut tant la chandelle…
Et si, finalement, rien ne se passe : aucun changement notable dans les forces politiques en présence, aucune vague idéologique destinée à, enfin ! proposer autre chose, c’est que sera ainsi démontré qu’une large part de leurs partisans sont incohérents ou nihilistes. Cette ode à la poisse des entrepreneurs de démolition perdurera… à moins que, au bout du bout, on mette un terme à ce pacifique projet et que chaque nation reprenne son illusoire prétention de souveraineté paradisiaque.

Mercredi 18 juin
L’après midi au parc tête d’Or à tenter d’améliorer mes couleurs épidermiques après des jours de grisaille et des rasades de flotte. Avant cette détente scribouilleuse, diverses tâches personnelles dont l’achat d’une place pour le jeudi 4 septembre à la halle Tony Garnier. La Vida Tour Coldplay fait halte sonore à Lyon. Le dernier album, acheté et téléchargé dès lundi, comble les attentes.

Coldplay en vie d’accords

Balade au cœur de la texture harmonique du groupe. Un degré de plus dans l’enivrement musical, la créativité reste de mise sans jurer sur le style, la patte Coldplay. Accompagner en ressentis littéraires l’enchaînement des morceaux.
Life in Technicolor monte en puissance dans un enveloppement de sons. L’arc-en-ciel introductif, la musique avec un appel modulé, l’invitation au voyage du Cemeteries of London. « Singing la la la la… hey hey ». Les sphères s’entrechoquent et l’élévation des sens transcende pour toutes les mises en garde. Appréhension du monde, mais tentative de l’entraîner vers ces notes épurées.
Reprise rythmée de Lost avec une lancinante présence de « Tokatokatoc ! », sans doute une électrique bien manipulée… La cathédralesque présence vocale de Chris Martin balance notre âme dans cette initiation à la mélodie panoramique, mieux : au 360° de présence musicale.
Le nostalgique 42, piano et cordes vocales pour lancer la deuxième partie en percussions et raclements instrumentaux, comme un éclatement paroxystique, cymbales en furie, guitares débridées, touches appuyées… La boucle finale, pour rejoindre la sérénité attristée du début.
Le voyage s’approfondit au Soleil levant : Lovers in Japan. Du sentimental à plein nez. Mon imperméabilité à l’anglais m’ouvre les plus abyssaux vagabondages… Cette superposition, à l’infini, de sons entremêlés s’enfonçant dans le silence harmonieux, porteur, comme transition vers la phase apaisante du morceau à tiroirs.
Il ouvre finalement vers le Yes, révélateur des zones plus graves de la maître et transparente voix. Toujours une matrice de quelques notes subjuguantes qui lie la mélodie. Rien à espérer de l’univers : juste le contraindre à ces quelques parenthèses d’intime communication. Le second volet du Yes se tapisse de sons électriques et d’un retour inspiré d’aigus de l’interprète aérien.
Les violons prennent le relais pour une coloration enthousiaste : Viva la Vida propose l’éclatement merveilleux des sons, comme un printemps prometteur, résolument optimiste, chargé de projets, quelles que soient les embûches. Poursuivre, y croire d’un cœur vaillant, malgré la fin cadavérique.
Violet Hill sonne comme une sentence : l’insouciance ne peut résister aux saletés environnantes, aux désespérances cumulées. Et toujours cet(te) voix-piano pour conclure sans fard, sans décorum.
Strawberry Swing invite à la ronde chaleureuse d’une joyeuse fin de banquet. Les échanges ont été sans concession, mais sans trahison, et la confiance émerge pour construire ensemble, dans une diversité assumée. Allons vers ce monde, celui sous nos yeux, pour l’ennoblir par une attentive présence, sans coup bas, sans égoïsme minant. Coldplay à l’unisson !
Death And All His Friends centre sur l’essentiel. Ce message, repris en puissance par les instruments en rythmiques et en relief décisif, pour nous faire rejoindre la figure multigéométrique de l’embrasé Coldplay. Ainsi nous quitte-t-il juste quelques instants, le temps de goûter la moelle mirifique du cœur mélodieux, jusqu’au prochain départ, à l’effleurement d’une touche qui de source coule : PLAY !

Vendredi 20 juin, des bords du Rhône
Décidément, Alice persiste à venir me chercher des noises en appuyant les perfidies d’un lourdingue d’AgoraVox. Me reprochant de n’avoir aucun recul sur moi parce que je cite quelques faits biographiques datés des châteaux d’O et d’Au, elle en devient grotesque en complétant ses piques d’une familiarité pseudo affective.
Rien à argumenter avec elle sur le fond : après avoir bloqué son adresse sur Msn, je la vire de mes contacts amicaux sur Facebook. Une telle incompréhension réciproque appelle un terme à cette résurgence relationnelle. Exit, donc !
Ma dernière ruade anti-Noniste, dans ce nid d’hystériques gauchistes qui s’excitent contre tout ce qui tranche avec leur haine sarkozo-capitalisto-européenne (version 1951 et la suite…), a eu l’effet escompté. Pour eux, la démocratie représentative est illégitime lorsque le peuple a décidé par référendum, même si lesdits parlementaires ont été élus par ce même peuple postérieurement à sa décision, et en connaissant leur programme, notamment sur les institutions de l’UE.
Cet intégrisme démocratique s’illusionne sur la vertu de sa démarche. Entre eux ils peuvent croire à l’aboutissement constructif vers une autre Europe. La vérité c’est que le poids déterminant d’une conjoncture déprimante ne peut laisser émerger un consensus populaire, sauf à retenir les règles fédérales d’une consultation, et non l’addition des vingt-sept majorités. Evidemment pas à l’ordre du jour, d’autant plus que dans le panel varié des Nonistes figurent des souverainistes et des nationalistes.
L’invective ad hominem traverse nombre de ces interventions, ce qui restreint le débat, moi-même ayant un fâcheux penchant à la contre attaque disproportionnée.

Samedi 21 juin
Après-midi radieuse qui laisse présager une surabondance humaine pour cette courte nuit de la musique. Artères, rues et ruelles vont se sonoriser avec plus ou moins de talent.
Petite balade en vélo ce soir, avec ma BB, pour goûter quelques ambiances. Elle a obtenu son dimanche, me quittant quatre jours pour une formation à Paris.
Sous l’épaisseur feuillue d’un marronnier, la touffeur ralentit mes élans et rend brumeuses mes intentions.
Vu l’iconoclaste Claude Allègre dans l’Esprit libre de Guillaume Durand, en promotion de son journal 2007, La Science et la vie, dans lequel il s’insurge contre quelques consensus idéologiques qui monopolisent l’attention et les efforts de la communauté internationale au détriment de plus prégnantes urgences comme l’eau et l’énergie. Au premier rang des alarmismes démesurés, le réchauffement climatique. Il ne conteste pas l’aube d’un changement climatique, mais réfute la viabilité des projections à un siècle tant des températures que du niveau des océans. La complexité des facteurs en jeu et notre relative méconnaissance de la discipline rend plus idéologiques que scientifiques ces données.
Everything’s not lost de Coldplay dans le Koss transporte toute mon attention argumentative vers d’oniriques contrées. Impossible résistance, le flot mélodique coule trop de source…

Dimanche 22 juin
Rien de bien exaltant à cette fête de la musique. L’interprétation d’un morceau d’Eagle Eye Cherry par un quintet de quinqua dans le vieux Lyon a relevé un chouia le niveau.
Au lac d’Aiguebelette avec ma BB, surpeuplé mais à l’ambiance familiale, sans kakou pour plomber l’alentour de leur navrante parade.

Lundi 30 juin
A l’ombre d’érables au bord du lac de la tête d’Or, un parc presque vide par le cumul des premiers congés estivaux et du premier jour de la semaine.
Elo a terminé les épreuves pour son master 2. Je l’ai accompagnée hier en fin d’après-midi au complexe de Vaise pour découvrir le chapitre deux du Monde de Narnia. Un gentillet mélange de Potter chez les Hobbits au cœur du livre de la jungle. Divertissement sans transcendance créative.
Elle doit s’installer, à la rentrée, à Tignes avec son compagnon. Mon relationnel lyonnais aura alors atteint son plus bas niveau, un quasi néant. Pas morose pour autant, car avec ma BB l’amour affectif est plus ancré que jamais, comme une évidence de vie, avec tous ces petits instants cumulés de bonheur. Chacun semble avoir trouvé son équilibre dans cette dualité sans heurt, sans coup d’éclat, à l’aune de nos besoins respectifs.

Juillet

Jeudi 3 juillet
Viva la Vida, Ingrid !

Hier soir, vers 21h30, sur Internet, la page d’accueil d’Orange se pare d’un titre inattendu : Ingrid Betancourt libérée ! Je vais vérifier sur Google actualité : aucun article sur le sujet. Rumeur de mauvais goût, me dis-je, sans songer que la fraîcheur de l’information n’avait pu laisser le temps de développer ce fait majeur.
Ce n’est que ce matin, par la Matinale de France Inter, que j’apprends la réalité de cette formidable nouvelle. Sa voix claire, affectueuse, d’une douceur maternelle conforte mon enclin pour cette femme. Une Résistante à la Jeanne d’Arc-Moulin, dans une éblouissante synthèse, indéfectible, sure de la noblesse de son engagement, imperméable au cloaque des FARC.
Finalement, l’audacieuse opération du président Uribe, l’inflexible critiqué y compris par la famille Betancourt, est à l’aune du caractère d’Ingrid l’indomptable.
Le terre-à-terre et le prosaïque reprendront vite le pas sur l’événement, mais profitons de cette parenthèse pour, sur le dernier air de Coldplay, s’enchanter de cet instant, en espérant qu’il accouchera de multiples semblables pour tous ceux qui restent sous l’emprise du déliquescent mouvement.
Quarante ans de féroces combats pour une cause diluée dans la criminalité, les FARC s’éteindront après avoir gâché, ruiné, anéanti nombre de vies, car, derrière la flamboyante Ingrid Betancourt croupissent encore des centaines d’anonymes au nom d’une idéologie dénaturée au remugle crapuleux. Après l’enthousiasme jubilatoire devra s’imposer la justice expiatoire, même si les deux premières têtes de la clique tentaculaire ont connu la sentence immédiate de l’éradication militaire.
Couronnement pour la courageuse libérée si elle accédait à la présidence colombienne, peut-être en se présentant contre son libérateur…
Attendons-la, pour l’instant, dans cette France qu’elle chérit tant, pour quelques moments d’émotion dans les grands médias, comme une icône de l’insoumission à l’arbitraire, affective sans fard pour tous ceux qui l’ont soutenue.
A vous, Madame Betancourt, avec toute mon admiration !

Dimanche 6 juillet
Pschitt Comique.com !

PCC, point le parti communiste chinois, mais le site de « rencontres par affinités culturelles » Pointscommuns.com dont les méthodes pourraient, si ses dirigeants possédaient un quelconque pouvoir, présenter quelque filiation avec l’arbitraire groupement rouge.
Je découvre hier un courriel ahurissant de leur part me sommant de « retirer » un commentaire jugé désobligeant qui aurait eu pour fâcheuse conséquence de les « faire apparaître dans Google sous le texte arnaques et animation sur les sites de rencontres ». Quel pouvoir de nuisance j’aurais !
« L’équipe de pointscommuns », qui signe le diktat, soit dispose de délateurs disséminés sur la toile, soit furète, conduite par une inextinguible paranoïa, en quête des quelques lignes critiques à leur encontre qui subsisteraient. Quelle que soit l’hypothèse retenue, l’action menée s’avère loin de la réactivité nécessaire à une efficace purge tout en s’affichant ridiculement disproportionné dans le contenu de la réaction.
L’objet de leur ire ? Quatre lignes parues le 3 décembre 2007 sous un article publié sur le site AgoraVox. Leur si diffamant contenu ? Des faits : « j’ai participé un chouïa à l’aventure Pointscommuns.com ». Je reste bien sûr modeste dans mon apport à ce site, n’ayant fait qu’un apport gracieux d’une petite centaine de textes ayant généré quelques centaines de commentaires et ayant été lus par quelques milliers de personnes. Cela reste, j’en conviens aisément, une goutte d’eau à l’échelle du site, voilà qui justifiait la précision familière du « chouïa » pour cette implication.
Cela, visiblement, ne leur suffit pas. A leurs yeux, je ne suis qu’un indigne profiteur qui a « utilisé » leurs services sans payer et dans la seule perspective de me « mettre en valeur ». Les PCCistes apprécieront la condescendance de la fine équipe.
Ce qui constituait l’objet même du site et qui en faisait « un concept intéressant et gratuit » comme je le saluais dans le commentaire incriminé, cachait donc un véritable mépris envers ceux qui décidaient de ne pas faire qu’utiliser leurs services mais, en contrepartie, de nourrir le site de textes. Mon obsession, comme celle, sans doute, des autres PCCistes qui se risqueraient à une toute petite égratignure de la sainte équipe, tiendrait dans l’unique satisfaction d’abuser de PCC pour servir un illégitime désir de gloriole. Voilà ce que le filigrane de ce grotesque rappel à l’ordre révèle.
Ce crime de lèse-PCC, c’est quoi ? Le constat que le succès du site a amené ses concepteurs à faire payer non seulement les simples visiteurs en quête de rencontres, mais aussi les auteurs qui, quoi qu’en pense l’anonyme équipe, ont contribué à la vie de Pointscommuns.com. Imaginez la tronche du site sans aucun texte : elle serait belle la coquille vide laissant divaguer les visiteurs au gré du vide sidéral d’un site formidablement géré !
Mon constat se poursuit : les auteurs peuvent continuer à pondre pour faire grossir l’avide PCC, mais ne peuvent plus répondre aux courriels reçus (sauf pour les expéditeurs disposant de l’abonnement Premium !) ni entrer en contact privé avec qui que ce soit. Là je développe, en rajoute quelques couches pour bien signifier mon indignation face à l’ultimatum de l’aventureuse équipe : dans mon commentaire initial cela tenait en une inoffensive phrase.
Ce n’est pas mes lignes, bien sûr, qui ont déclenché le courroux des censeurs, mais l’effet googlien produit et ça, je n’en suis pas responsable. La facilité est de s’en prendre à l’obscur rédacteur qu’on va sèchement moucher par une petite leçon bien sentie avec sanction à la clef : la censure d’un texte d’hommage à Ingrid Betancourt (vous me direz, les dizaines de milliers d’autres compenseront !) qui m’aurait permis une fois de plus, l’infâme, de bénéficier du fantastique piédestal de Pschitt Comique.com.
Que l’équipe PCC se rassure : je ne les encombrerai plus de ma vilaine prose…

Mardi 8 juillet
Première des trois nuits au gîte perdu dans un hameau loué par maman et Jean. Une partie de la soirée sur mon différend avec Alice.

Mercredi 9 juillet
Parvenus à l’unique plage aménagée du Salagou. Maman vient de me joindre : clou planté dans le pied sur le chantier de la maison ; destination les urgences de Pézenas pour une piqûre antitétanique.
Découverte de cet espace ludique, plage de pierres à l’herbe inégalement présente. Une colonie d’une trentaine de mômes et de préados vient d’accélérer le peuplement des lieux.

Jeudi 10 juillet
Ma maman s’en tire avec un petit bandage sur une partie du pied et une claudication variable. Ma BB lui a fait, hier soir, les piqûres nécessaires.
Ce matin, retour sur les terres ocres du Salagou après un détour par Bédarieux. La signalisation des directions est la faiblesse du coin : des circuits circulaires au cœur de la localité avant de parvenir à s’échapper du cirque urbain.
De retour sur cette petite plage à 11h15, maman m’informe (le message antérieur m’est signalé après que j’ai raccroché) que Paul, Liliane et Elisa, la fille de Nathalie, arrivent pour déjeuner à 13h. Séjour raccourci pour le bronzage…

Vendredi 11 juillet
Long périple routier à subir : Vernazoubres-Le Cellier. La plus courte des trois étapes s’achève avec un brouillard épais sur la montagne d’en face. Nous ne croiserons malheureusement pas Jim et Aurélia : arrivée prévue pour samedi soir ; quelques jours dans l’Hérault.

Samedi 12 juillet
Vers 14h. BB et moi allons rejoindre St Denis la Chevasse pour deux jours de festoiements avec les anniversaires d’Annette et de François.

Dimanche 13 juillet
9h50. La (re)découverte du Journal de Léon Bloy et de sa première étape, Le mendiant ingrat, me laisse un sentiment ambivalent.
Sa religiosité extrême, transpirante, m’éloigne de ses réflexions ; sa si peu catholique façon d’envoyer au diable ses affections, amitiés et accointances, sitôt obtenu tout le soutien financier qu’il pouvait en espérer, me gêne. Tracé de génie dans le style, fulgurances apocalyptiques, mais sangsue repoussante dans la vie. La tonalité larmoyante, sous enrobage stylistique, de courriers pour amollir la proie à pressurer, peut être vite suivie, en cas de déception avancée ou de refus persévérant, d’une cinglante réaction. Versatile opportuniste Bloy ? Pas loin de le penser… La pauvreté affichée (qui ne l’empêche pas d’avoir une bonne !) n’excuse pas tout. Ce manège, Bloy qui louvoie puis Bloy qui grogne en fonction de ce qu’il peut retirer ou de ce qu’il estime devoir évacuer de son champ de conscience, m’évoque la caricature humaine qu’a si lumineusement campée de Funès… On roucoule devant les forts et on aboie sur les faibles. Plus vicieux chez Bloy, et peu comique de surcroît : sérénade onctueuse pour celui qui peut vous nourrir ; rage expectorante contre celui qui ne verse plus ou ne versera pas.
23h51. L’année 1892 de Bloy achevée. Brefs échos d’une très limitée effervescence lors de la parution du Salut par les juifs. La version expurgée par l’auteur lui-même limite le diarisme, donnant la part belle à la correspondance. Une bien plus elliptique approche que celle de Léautaud qui cultivait l’authentique et l’exhaustif compte rendu. Bloy met en scène ses fulgurances littéraires ; Léautaud laisse la scène à l’improvisation naturelle.

Lundi 14 juillet
Pique-nique rupestre avec la famille B dans une forêt domaniale non loin de St Denis la Chevasse.
Quiétude dans ces moments pour mieux fouiller le passé.

Mardi 15 juillet
Grand bleu au Cellier : suffisamment rare pour ne pas en perdre une miette.

Je ne peux nier tout ce que j’ai été, fait et apprécié. Devrait-on brûler tous les ouvrages de Maupassant, Gide et Céline parce qu’ils ont été respectivement malade sexuel, pédophile et antisémite ? Depuis quand le critère du goût artistique doit-il passer par le crible de l’exemplarité des artistes ? Quel triste et insipide univers culturel ce serait…
Prêt à nourrir ces pages des témoignages extérieurs, sans retenue, mais pas à tirer un trait sur ce que j’ai été et ce que j’ai écrit, quitte à déclencher ironies et moqueries des médiocres qui, eux, n’ont rien produit d’autre que leurs piques à très courte portée. Qu’il s’acharnent, qu’ils poursuivent, qu’ils s’essoufflent, c’est pour moi la garantie que je suis dans le juste.

Jeudi 17 juillet
Malgré le caprice des cieux, journée d’hier sur la côte sauvage. Du factuel, un peu. Passage à l’Océanorium du Croisic, déjeuner sur le port avec, notamment, une succulente choucroute de la mer et son abondant beurre blanc, trop bref arrêt sur une plage de La Baule. Voilà une relation dégraissée de tout commentaire.
Samedi, nous rejoindrons l’hôtel Le Robinson, à la sortie d’Auch, niché dans un coin de bois. De là, nous pourrons découvrir les paysages, les vieilles pierres et les mets roboratifs du Gers.

Fascinante constitution du cerveau : le cortex présente un million de colonnes de neurones, sorte de mystérieuses toiles où les connexions se démultiplient. La fameuse matière blanche donne ainsi vie aux quelque dix milliards de neurones. Les dernières recherches ont démonté l’idée reçue d’une inexorable perte de neurones à partir de l’âge adulte. L’important tient avant tout à la qualité des liens intra et inter colonnes : de là peuvent surgir les fulgurances qui permettent à quelques rares êtres de changer la face de la civilisation humaine.
A côté, nos ordinateurs font encore pâle figure, même si les progrès techniques en font des machines de plus en plus puissantes.
La mère de BB ne semble pas vouloir laisser pénétrer Internet dans sa maison. Comme elle l’a imposé pour la télévision, proscrite du foyer, elle refuse l’incontrôlable média qui accueille la plus représentative palette humaine.
Je suis toujours étonné par cette rigidité intellectuelle consistant à rejeter un moyen technique d’emblée plutôt que de sélectionner ce qu’il peut nous apporter de mieux. La démarche qu’elle adopte avec la presse et la radio, elle la refuse pour la télévision et Internet… Laisser le monde évoluer sans soi, n’est-ce pas le signe premier d’un dommageable abandon ?

La lecture de La course contre la honte de Pierre Clavilier m’inspire cette réflexion sur les kamikazes islamistes et/ou palestiniens. Se donner ainsi la mort, laquelle est instantanée et n’a d’horrible dans la conscience que son évocation, revient à seulement avancer l’inexorable et naturelle échéance. Combien serait plus troublant pour la compréhension de l’esprit de ces extrémistes de la cause religieuse, s’ils se savaient condamnés aux pires souffrances et handicaps jusqu’à une mort hissée en délivrance.

Vendredi 18 juillet
Vers 11h. Le projet d’une dernière trempette à Saint-Michel Chef Chef est annulé au regard de l’épaisseur nuageuse. Demain, la dernière phase des vacances débute : dualité dans le Gers.
Hier soir, nous répondons à l’invitation du gentil couple voisin qui avait remplacé Grace et Humphrey (immobilisé par l’appendicite) au déjeuner offert par les parents B au château de Funès pour leurs quarante ans de mariage. L’homme, la soixantaine, confirme sa passion pour l’œnologie : dégustation commentée d’un Cabernet rosé bien frais et de deux Coteaux du Layon de l’année. Les températures requises pour tel type de vin (du champagne millésimé au vieux Bordeaux en passant par le Bourgogne), les années de garde conseillées pour un nectar à maturité : ces univers ne présentent plus trop de secrets pour l’affable amateur. J’apprends, par exemple, que les grands Bordeaux sont aujourd’hui conçus, le plus souvent, pour atteindre leur sommet gustatif au bout de sept à huit ans, seulement. Sortir un prestigieux château bordelais 2007 en 2025 n’aurait donc plus aucun sens, et pourrait même constituer une source d’escroquerie pour ceux tentant les surenchères de prix en se calquant sur le modèle vingtiémiste.

Samedi 19 juillet
Auch m’emballe ! Rien à faire : la première impression donnée par une localité vaut celle produite par la vue d’un être. On accroche ou pas.
La préfecture du Gers, malgré sa très modeste taille, offre tous les atours de la ville historique avec espaces majestueux, ruelles imprégnées des siècles précédents et population conviviale, mais qui garde la distance requise.
L’employé de l’office du tourisme a très efficacement comblé nos curiosités, enchaînant les questions pour mieux sérier nos attentes et nous délivrer les documents adéquats. Un bon professionnel, tout simplement.
Premier arrêt gustatif à une brasserie-pub servant du tartare gascon : viande, tranche de foie gras et magret de canard pour un succulent trio. Là encore, accueil très agréable, dosé à la juste mesure, l’équilibre pour ne verser ni dans la froideur austère, ni dans le copinage collant.
Notre séjour s’annonce avec tous les atours d’une belle rencontre dans cette merveilleuse France aux mille visages géographiques.
Aux antipodes, le Tour de France 2008 est salopé par quelques tricheurs minables. Quasiment coupé de l’actualité depuis quinze jours, Le Monde week-end, acheté ce matin, en fait l’un des titres de la Une. L’un des espoirs du cyclisme mondial, un Espagnol de 24 ans dont il convient d’oublier le patronyme, a vu ses exploits lors d’étapes du Tour ratatinés au rang de foireuses manœuvres d’un dopé. Aucune clémence : la radiation du cyclisme professionnel doit être à vie et les amendes dissuasives. On peut soupçonner l’équipe entière de n’être pas exempte de similaires saloperies.


Dimanche 20 juillet, 22h37
De retour au bercail du Robinson, emplis de sons et de boustifaille.
Matinée centrée sur la découverte de la vieille ville par le biais d’un circuit conseillé. De l’escalier monumental aux quelques pousterles, les dénivelés de marches activent nos mollets. Toujours si peu de monde dans les rues : un vrai confort pour photographier les lieux sans trognes malvenues. Un bien-être qui se confirme : je me sens en phase avec l’atmosphère de cette ville.
Au détour d’une rue gardée par quelques policiers, nous tombons en pleine commémoration de la journée contre le racisme et l’antisémitisme et en hommage aux Justes de France (moins de trois mille personnes) ayant accueilli et sauvé des juifs sous le régime pétaino-nazi. Sobriété du discours du préfet (seul officiel présent, les autres – maire, président du Conseil général – se sont fait représenter) suivi de la sonnerie aux morts, de la Marseillaise et du dépôt des gerbes de chaque corps constitué.
Grand écart pour l’après-midi musicale : la dixième édition du festival Cuivro’foliz à Fleurance accueille une douzaine de fanfares : de jeunes musiciens déchaînés font très vite oublier la connotation pantouflarde qu’on pouvait avoir de ce type de groupes. Les textures varient : du jazz au rap, du métissage des genres aux improvisations collectives. Du bon enfant, un tantinet chargé d’alcool le soir. Nous nous éclipserons avant le crépuscule et le Poivrot’foliz.
Nous entrecoupons les musicales, mais bruyantes, prestations par un concert d’une heure d’un organiste plutôt doué dans la cathédrale Sainte-Marie d’Auch. Né en 1974, l’artiste a obtenu une médaille d’or dans ce domaine à dix-neuf ans ; performance remarquable pour les connaisseurs.
Pour ne pas quitter le religieux, petit détour, avant l’extinction des feux, vers Le mendiant ingrat de Bloy dont la personnalité me partage de plus en plus. Courageux engagement pour défendre le lynché Laurent Tailhade, mais exaspérante posture de quémandeur à œillères religieuses. Parfois l’envie de l’étouffer par un trop-plein d’hosties pour qu’il dégorge d’un coup cet obscurantisme, si véhément soit-il.

Lundi 21 juillet
18h. Nouvelle escapade-découverte : la matinée sur les pas d’Etigny, un intendant d’Auch du XVIIe siècle ayant particulièrement embelli la localité ; arrêt déjeuner léger au café-brasserie d’Artagnan (autre immense figure gascogne), puis visite de la cathédrale Sainte-Marie. Même agnostique, je reste admiratif de l’abondance artistique d’anonymes portés par la foi. La douzaine de chapelles qui jalonnent le pourtour de l’édifice religieux, comme autant de niches somptueuses dédiées à la spiritualité, rivalisent d’apparats ayant mobilisé les plus nobles arts. Quant au chœur, il se présente comme un confortable ovale délimité par un gigantesque paravent de chêne sculpté en hommage à de multiples figures mythologiques et religieuses. Encore une merveille de l’art catholique.
Pour la suite, passage dans trois villages du grand Auch dans lesquels nous semblions être les seuls touristes à fureter le bon angle, la belle vue, dans les ruelles escarpées : Montaut-les-Créneaux, Castelnau Barbarens et Pessan. Pas du transcendant esthétique, mais de relaxantes balades avec ma BB.
Retour aux saveurs culinaires pour ce soir : à vingt heures, La Table d’Oste… Le tourisme vert a décidément du bon lorsqu’il flirte avec les mets locaux.

Mardi 22 juillet
8h53. La réforme des institutions a donc trouvé preneur grâce à l’appoint d’une voix : pour les parlementaires socialistes aucun doute, Jack Lang le renégat en est l’incarnation.
Dépité, aux Quatre vérités sur France 2, le souverainiste Dupont-Aignan dit ne rien regretter de son vote contre : on ne perçoit pas bien ce que son vote pour aurait changé ! Commentaire nul et non avenu.
Régal, hier soir, à la Table d’Oste (ou table d’hôte) : une planche des principaux mets gascons avec une bouteille de rouge régional.
13h10. À nouveau sur la place de la Libération pour un rapide déjeuner (nos premiers sandwiches)) avant de prendre le bus 4 qui nous acheminera, grosso modo, vers notre Grande Punto, via l’hippodrome. La promenade le long du Gers, après quatre kilomètres aller sous l’astre brûlant, nous a décidé à un retour motorisé.
18h56. Le calme rural de la Baïse en kayak : activité réussie pour l’après-midi. Hormis une famille de touristes étrangers, nous ne croisons personne sur le tronçon sis entre deux barrages. L’eau paisible présente divers obstacles végétaux facilement contournables.
Sur le trajet routier pour aller au lieu de départ des embarcations, le village Beaucaire, deux éléments pour nourrir mes charges contre certaines facettes de l’univers automobile.
Côté grotesque : un panneau jaune triangulaire alertant de la présence… d’arbres le long de la route ! Le Gers a conservé le charme de certaines départementales habillées de platanes en enfilade. Dans d’autres coins, des autorités administratives ont décidé l’éradication des majestueux arbres qui avaient la sporadique, mais criminelle, habitude de couper la trajectoire d’automobilistes sortis du tracé d’asphalte. Alors, hop ! on coupe ! Ainsi, les chauffards ronds comme des queues de pelle et les jeunots branleurs en mal de sensations fortes peuvent perpétuer leur habituelle délinquance routière.
Ici, dans le Gers, on a trouvé la voie médiane : conserver l’esthétisme, mais faire prendre conscience aux égarés et aux tarés de la route de cette imposante présence IMMOBILE ! A quand les panneaux qui alerteront les mêmes décérébrés du possible passage d’autres véhicules sur la même route qu’eux ?
Côté symbolique : une silhouette sombre en bord de route, signalant aux consciences le trépas anonyme d’une des leurs, est comme guillotinée à la moitié du torse, ajoutant à l’incarnation une seconde mort, mais privant l’objet de sa forme humanoïde. J’ose espérer que ce ne soit pas le méfait d’un conducteur enragé par ce rappel à la prudence vitale.

Mercredi 23 juillet
8h52. Rien à dire sur les autochtones, jusqu’à présent. Parmi les touristes qui crèchent au Robinson, en revanche, un spécimen de sans-gêne, de lourdaud m’as-tu-vu qui m’a contraint à sortir un instant de la quiétude.
Après 23 heures, le gus au portable greffé ne trouve rien de mieux (je le découvrirai en sortant l’interpeller) que de laisser la lourde de sa piaule ouverte et de déambuler dans le couloir (le système d’éclairage est basé sur la captation des mouvements) pour bien faire profiter chaque hôte de ses fadaises, inepties, insondables débilités débitées. Après trente à quarante minutes du crétin manège, j’ouvre brusquement notre porte pour lui demander combien de temps allait durer ce cirque. Là que je distingue (sans lentilles ni lunettes) qu’il crèche, très temporairement je l’espère, juste en face. Du flou de sa silhouette je retiens le branleur tout de blanc décontracté vêtu, le cheveu lissé en arrière et la tronche imbue. Trois minutes après mon intervention d’hirsute en grogne, le bellâtre fadasse a laissé les capteurs tranquilles : le sommeil a pu se substituer à l’énervement.


Trente-deux degrés à l’ombre prévus pour cet après-midi. Nous passons la journée à Condom (vagabondage dans la ville le matin, bronzage et baignade au centre de loisirs aqualudiques de la Ténarèze pour la suite) et la soirée à la ferme de la Gouardère (à Roquelaure) pour un repas champêtre avec trio de jazz. Des vacances encore, en somme !
Confirmation de notre visite à la famille paternelle samedi prochain sur leur lieu de détente dans l’Ain, au Petit Abergement, dans un gîte qui pourra nous accueillir le soir. Nous aurons ainsi cultivé le dépaysement hexagonal jusqu’au dernier jour de mes congés estivaux (ma BB ne reprendra son labeur que le vendredi suivant).
Le journal télévisé de ce matin rapporte le cas d’un nouveau décès d’enfant (une fillette de deux ans et demi) oublié dans une voiture. Un cadre d’Aréva serait le père plus que négligent. Parmi les commentaires recueillis, celui, ahurissant, d’un collègue de travail : « c’est malheureux, mais cela peut arriver à n’importe qui » ! On nivelle pour justifier le criminel comportement.

Jeudi 24 juillet
9h06. Un peu décevant, le repas champêtre avec trio de jazz. Un menu trop basique pour son coût, un groupe sans flamme, jouant de leur instrument comme on va au boulot, compétents mais pas transcendants, une assemblée sage, de ce fait. Tout de même, à notre table : des ch’tits pur jus pour égayer l’ambiance.
Du gris au ciel, ce matin, comme pour sonner la fin des distractions. Nous poursuivons, même sans soleil, jusqu’à la dernière miette.
Profiter du ciel bas pour mitrailler en noir et blanc les sites visités. Charme du clocher hélicoïdal de Barran : l’illusion d’un mouvement qui l’élancerait plus haut vers les cieux. Toujours le confort de lieux non surchargés en présences humaines, permettant les plus panoramiques perspectives à impressionner sur pellicule.
A Bassoues, après s’être élevés à plus de quarante mètres sur la plate-forme circulaire du donjon, nous nous restaurons sur la moyenâgeuse terrasse animée par un trio enchanteur de serveuses au souffle entraîné. Pour ces longueurs de tablées combles, elles se coordonnent avec bonne humeur dans un ballet de services improvisés au gré des attentes.
18h28. Passage à l’antre des tentations, la Maison de Gascogne à Auch, pour divers produits liquides, solides et semi… pour nous ou pour offrir. Nous finissons de nous préparer pour finir à, selon Le Routard, la meilleure table du Gers, Le Jardin des Saveurs à l’Hôtel de France. Quintessence gustative à l’horizon… avant le retour au bercail lyonnais et à notre nid (qui nous manque un peu… juste un peu !).
19h20. Au cœur d’Auch pour cette dernière soirée duale de nos vacances gersoises. Arrivée en avance pour apercevoir quelques bribes des festivités auscitaines, nous finissons au calme sur un banc de la place Salinis. Coin de quiétude avant de butiner les saveurs.

Dimanche 27 juillet
Non loin du Petit Abergement, dans le Jura.
Triste privilège, signe d’une maison en perdition : nous étions seuls dans la grande et haute salle du Jardin des Saveurs. Impression d’assister aux derniers soubresauts de cette table de renom dans le département, qui a vu s’installer dans ses larges fauteuils nombre de personnes de pouvoir. Bon moment avec ma BB à déguster leurs mets bien dosés. Profiter de ce bonheur en Gers et en Auch !

Retour à Lyon le vendredi pour retrouver quelques heures notre nid intact avant de repartir, pour un séjour exprès, visiter pôpa et les siens.
A-y-est ! Alex, qui va investir le lycée, nous dépasse tous, le long corps encore en pousse. Raph, lui, est sur le chemin, et poursuit sa brillante scolarité avec son année de Cinquième qui se profile, classe symbole pour moi puisqu’elle me faisait retrouver l’école républicaine après quelques années passées au château d’O.
23h30. Là, vraiment au bord de la reprise. Une journée administrative pour commencer en douceur ; réveil à 6h45.
Grandes nouvelles d’Elo : elle a son diplôme, elle est en voie pour décrocher un CDD à Courchevel et, surtout, elle envisage de se marier avec son Julio en juillet 2010. Encore un peu de temps devant elle pour la robe, donc, ce qui ne l’empêche pas de me soumettre quelques modèles retenus. Par ailleurs, je fais partie des possibles retenus pour être son témoin. Mon handicap : trop la connaître ce qui, vis-à-vis de l’élu de son cœur, pourrait être déplacé. Advienne ce qu’elle voudra, donc. Je suis déjà si touché qu’elle m’ait annoncé cela. En espérant surtout que cette union engendre un bonheur majoritaire (à défaut d’être total) pour l’existence d’Elo.

Lundi 28 juillet
Une reprise climatisée à l’accueil de Cqfd alors que l’air lyonnais est surchauffé.

Petit travail littéraire de ces deux derniers soirs : donner un titre à chaque année de mon Journal mise en ligne afin de l’identifier autour d’une image forte.
L’Illusoire Absolu pour 1991 pose d’emblée le hiatus total entre l’intention naïve et la réalité qui se profile.
1992, année de L’Obsession (trouvé par ma chère Elo, à qui j’ai soumis le premier jet, Sur la lancée) : réussir coûte que coûte la mission confiée, quitte à se perdre soi-même. Imparable : L’Effondrement devait qualifier la sombre année 1993 annonciatrice des liquidations en série. Au Purgatoire, en 1994 comme je le rappelle fréquemment, je tente de gérer les ruines depuis ce refuge sordide (pour mes yeux d’alors) rue Vercingétorix à Paris. Mon Alésia à moi. La Renaissance à œillères vise 1995 et mes multiples complicités littéraires (notamment avec Chapsal et Kelen) sans prendre conscience du reste.
Sur les Cendres, au sortir du gâchis engendré, n’empêche pas la rencontre épistolaire avec celle que je surnomme Sandre dès 1996. La correspondance et le lien se poursuivront en 1997, d’où le choix de Persistance duale. Seul compromis trouvé : L’exil volontaire à Lyon (Grézieu puis Tassin, plus exactement) en 1998. Le prétexte de cette histoire pour m’éloigner du château d’Au ne règlera pas tous mes doutes puisque la dualité cesse l’année suivante, laissant place à L’ancrage incertain. La déprime s’intensifie en 2000 : les Soubresauts d’un inadapté résumant une humeur heurtée sans lien durable. Les Excroissances jouissives de 2001 n’atténueront rien de la perdition en route, jusqu’à la rencontre de ma BB qui apportera, enfin, la sérénité en 2002.
A l’aune de soi est l’apaisante conséquence de cette relation naissante. Vivre à sa dimension, en s’affranchissant des parasitages passés. Entre grogne et affection, en 2003, systématise une double approche du monde, A l’Orée des équilibres de 2004 qui permet d’oublier ses inconstances pour s’accrocher à la propriété immobilière. S’Unir à l’Essentiel, en 2005, couvre non seulement une philosophie de vie, mais aussi mon attachement à l’UE dans le passionné débat autour du TCE, malheureusement rejeté. 2006 s’achève bien dramatiquement avec la mort de grand-mère : Des Cyprès démesurés, ceux du cimetière de Fontès, forment le plus discret, mais intense, hommage à lui rendre.

Mardi 29 juillet
La touffeur nocturne liquéfie le semblant d’inspiration. Des journées à administrativer sans passion, mais en agréable et apaisante compagnie (respectivement CM et LD de Cqfd).
Samedi, projet de se retrouver au lac de Paladru pour pique-nique et ski nautique avec PP et HG, s’ils sont disponibles. A savourer immodérément.

Août / Septembre

Dimanche 3 août
Après la fureur et les grondements de Hulk, un coin ombragé du parc Tête d’Or pour achever la pause dominicale.
Repos nécessaire pour plusieurs muscles des cuisses après la tentative avortée de faire du ski nautique. Sur invitation de CM, LD et moi rejoignons les bords du lac de Paladru dans une petite demeure magnifiquement placée. Sa famille est l’un des vingt-quatre actionnaires du lac (l’eau, pas le sol).
Des parents charmants, un gentil mari, une sœur présente ayant un visage et des attitudes de l’épouse de Heïm (décidément, je n’en sors pas !) et CM, toujours sublime. Sa démonstration de ski nautique, elle a commencé à l’age de cinq ans, m’époustoufle. LD, malade à l’arrivée (sans doute une intoxication alimentaire) a pu déployer sa puissance musculaire pour prolonger quelques sorties de l’eau, sans toutefois parvenir à se redresser, gardant ainsi une position couchée très inconfortable sur l’eau filante. Je n’ai pas eu ce privilège : le double ski m’a permis, au mieux, un grand écart nécessitant le lâcher du palet ; le monoski a lui engendré une douleur au genou droit. Fiasco, mais grand éclat de rire.
Après le repas partagé dans le joli petit parc, je me suis rabattu sur une vieille barque pour goûter le calme apaisant du lieu. Touchant de voir la lumineuse CM au sein de sa famille.
Imprévisible nature que la mienne : là où des réunions ne m’inspirent que le retrait ronchon, le repas d’hier m’a inspiré pour les plus vives réparties, ne manquant pas d’amuser la tablée.

La semaine s’annonce la plus pédagogique depuis bien des semaines avec les deux groupes Sport et les aspirants ambulanciers de retour de stage. Ce soir, passage des parents B pour une nuit chez nous après avoir pris part aux festivités d’un mariage. Calme d’août qui se profile, espérons pas trop lourd en degrés, rien donc pour déclencher des foudres. L’occasion de peaufiner la mise en forme et l’illustration des années mises en ligne, avant une ‘tite promo à la rentrée.

22h37. Un vrai salarié moyen comme un autre, qui fait sa besogne pour assurer sa vie matérielle, mais sans aucune finalité professionnelle. Ma morosité du soir signe la présence, dès demain matin, d’un FFP avec un groupe sans intérêt (la réciproque est certaine). Aucune envie de me faire apprécier, d’ailleurs. Je délivrerai mes conseils pour répondre aux exigences de leur UC3, une bonne part sera improvisée, n’ayant rien préparé, mais reprenant des bouts d’interventions antérieures.
Sur France Inter, en fond, sans doute une spéciale Jazz in Marciac. Petite pensée au Gers qui laisse de bien agréables souvenirs encore tout frais.
Le peu de vélo fait aujourd’hui a sans doute évité que je me rouille, que mes jambes se bloquent après les efforts déraisonnables d’hier.
Bref détour vers le mendiant ingrat avant l’extinction du filament.

Lundi 4 août, 22h11
Soljenitsyne s’est éteint, doucement, à Moscou, en contraste avec le fracas salutaire de ses œuvres. Sans doute que son nationalisme antilibéral de ces dernières années a terni l’image de l’écrivain aux yeux de l’Occident capitaliste, mais cela ne doit pas rendre secondaires des témoignages qui dépassent l’évolution personnelle de leur auteur.
Terrible, atroce année 1895 pour Bloy qui laisse quelques empreintes d’un désespoir hors norme. Un peu l’état de ceux qui, à Heaumont dans le Nord, ont subi le vacarme et les assauts destructeurs d’une tornade focalisée. Des gens morts d’avoir simplement été chez eux au moment de la déferlante des airs. Depuis que je me trouve en position de propriétaire, je saisis plus charnellement le drame de la perte inopinée de ses biens.

Jeudi 7 août
7h47. Pôpa, Anna, Jim, Aurélia, Alex, Raph, ma BB et moi : au complet la tablée chez nous. Le plus jeune couple revient de trois semaines en Corse : une vraie plongée pédestre dans les beautés en altitude, en eaux transparentes, en ruelles intactes, en panoramas subjuguants. En plus de deux cents photos numériques, mon frère et sa douce nous font vivre un peu de leur séjour baroudeur.
Fin novembre, ce sera les soixante ans de notre père : il nous faudra songer à un anniversaire un peu hors norme. Peut-être, au-delà des traditionnels présents, lui écrire et lui interpréter quelque chose qui marque l’événement familial.

Tintouin autour des JO de Pékin dont la cérémonie d’ouverture est programmée pour demain. Peu d’enclin pour m’étendre sur le sujet. Un petit pronostic cependant, malgré l’enthousiasme des sportifs français : la descente française au rang des pays médaillés va se poursuivre, confirmant la marginalisation de notre pays au profit des puissances montantes.

Mardi 12 août, 23h30
Confirmation de la minable moisson française aux JO. Notre façon de boycotter les jeux, c’est de s’empêcher à tout prix d’atteindre le podium. Parangon du désastre, la touchante Manaudou qui a sacrifié sa potentielle suite prodigieuse de carrière sportive sur l’autel des broutilles caractérielles et des vétilles sentimentales. Le bourru Lucas, l’inflexible entraîneur, avait raison sur toute la ligne. Cela doit être d’autant plus difficile à accepter pour la nageuse en perdition.
Pendant ces dérisoires états d’âme, la Russie s’accorde une réponse disproportionnée au stupide coup de force géorgien contre les casques bleus russes basés en Ossétie du Sud. Les sales habitudes reviennent vite au pouvoir, même s’il n’est plus soviétique. Bush gronde, Sarkozy tente les bons offices et le duo Medvedev-Poutine se cabre, misant sur la mollesse d’un Conseil de sécurité paralysé par son veto. Comme au temps de la guerre froide, chacun teste l’autre pour mieux positionner ses atouts.
Semaine grise, et pas seulement sur les trois quarts du territoire français.

Vendredi 15 août, 23h30
Ma BB aux urgences pour sa nuit de labeur, moi sans ressort après quelques virtuelles déconvenues.
A noter, le commentaire charmant d’un anonyme à la suite de mon article Le Bonheur, en Gers et en Auch, compilation des pages du Journal consacrées à ce séjour. Il estime mon style indigeste cumulant l’atrocement compliqué, le torturé maladif et l’ennuyeux ton d’un rapport de police ! Tout et son contraire, donc. Autant attaquer sans retenue et rendre sa sentence : je serais, quel ultime statut, « littérairement incompétent » : l’anonyme le recopie une seconde fois pour être bien sûr que ça m’atteigne.
Loupé ! Non seulement je ne censure pas cette diarrhéique intervention, mais je m’en amuse profondément. A quelques signes, je soupçonne un familier, ou prétendu tel, d’être derrière ce dérisoire donneur de leçon. L’effet ne va pas le réjouir : ça m’incite à amplifier encore mes sales habitudes littéraires et à l’emmerder stellairement !

Nuit dernière, sale dérive des songes : inversion totale de ma situation tout en ayant conscience que cela ne correspondait en rien à mon enclin naturel. Me voilà durablement présent au château, juste à cette époque d’anniversaire quasiment oublié de mon conscient, et me demandant quand je pourrais m’éclipser quelques jours et sous quel prétexte. Un malaise profond dans ma situation cauchemardée qui me rappelait celui des années 96 et 97 lorsque j’ai commencé à mal supporter cette ambiance de vie.

Alors pas ces clandestines interventions sur mon blog qui vont me faire changer d’un iota ma tonalité littéraire. Témoigner et s’indigner sans frilosité textuelle. Vivre les mots et merde aux simplistes du vocabulaire.

Samedi 16 août
10h36. Calme, face au lac, en attendant la séance de 11h05 pour le sombre Dark Knight.
Alors qu’elle déçoit aux JO, la Russie fait son matamore sur les planches criblées de la diplomatie internationale.
Ma thèse, pour le commentaire anonyme d’hier : un missi dominici d’Alice. La formule « il est mille fois meilleur que son style » signe son attaque affective.
Quand saisira-t-elle que j’écris au fil de la plume, quasiment d’instinct, et que si ça ne vient pas, je délaisse la plume attendant un moment plus inspiré. Que cela respire l’artificiel, pourquoi pas ; son intervention s’apparente elle à de l’acharnement pathologique.
Vaine visée, elle n’obtiendra pas l’once d’une concession sur ce plan.
Si ce n’était pas elle, derrière cette piquette minable, cela me donnerait l’occasion de piétiner un nouvel adversaire dans la bonne humeur !

Lundi 18 août, 0h12
Cette sensation d’un temps sous-exploité, gâché à d’inutiles occupations, amplifie la sombre humeur.
Un qui densifiait son temps de vie pour produire son œuvre gigantesque, c’est Soljenitsyne. Vu l’Apostrophe de 1983 qui lui était consacré : personnage lumineux d’intelligence et ayant eu la prescience de ce qui devait se passer dans sa patrie, avec un effondrement de l’URSS insufflé par l’intérieur.
Pas une grande considération de l’espèce humaine dans son piétinement, voire son effondrement de conscience au XXe siècle.
Progresser, à l’échelle humaine, passe d’abord par le respect de la justice et, de fait, la crainte de la sanction potentielle.
Autre très forte prémonition de l’écrivain russe en exil, et à contre-courant de toute la physionomie géopolitique d’alors, celle de son retour prochain chez lui. Onze ans plus tard, il foulera la terre de ses aïeux.
Sans doute à ce genre d’indice que l’on peut certifier être en présence d’un esprit d’exception.

Lundi 18 août, 23h
Enième scan approfondi de mon disque dur par un logiciel dénicheur de saloperie, mais cette fois en ayant fait appel à la solidarité entre internautes. Deux minutes après avoir posté mes explications et un rapport fourni par un logiciel souvent cité sur les forums compétents, je reçois un message d’actions à faire et un autre m’invitant à installer un anti-virus bien plus efficace que les Avast et consorts. Faire confiance, en espérant la désinfection de l’ordi.
Univers fascinant des virus, chevaux de Troie, trojan, etc. La métaphore médicale s’accompagne d’outils plus ou moins fiables pour éradiquer les invasions.
En attendant la fin de l’exploration, petit détour par Mon Journal de Bloy, année 1897.

Mardi 19 août, 22h47
Logique émotionnelle de la proximité. Bloy rapporte un fait divers meurtrier : l’incendie du Bazar de la Charité dont les victimes appartenaient à la classe aisée. Mobilisation nationale pour décupler l’impact du drame ; fulmination de Bloy que l’on pourrait épouser pour tellement de cas récents : « Ce qu’il y a d’affolant, de détraquant, de désespérant, ce n’est pas la catastrophe elle-même, qui est en réalité peu de chose auprès de la catastrophe arménienne, par exemple, dont nul, parmi ce beau monde, ne songeait à s’affliger. » Voilà l’imprécateur dans sa plus admirable posture et sur des réflexions tellement modernes. Vite, vite, y retourner !

Vendredi 22 août, 0h43
Les parents de ma BB – laquelle gère les urgences cette nuit – sont arrivés ce soir pour un séjour lyonnais jusqu’au tout début septembre. Dans une grosse semaine, les festivités de la Caclinade formeront le point d’orgue de leur passage. Je me dois d’être un peu plus convivial pour ne pas leur apparaître comme un bourru inaccessible.
Les JO de Pékin vont s’achever bien médiocrement pour la France, comme je l’avais pressenti. Une nation comme la Jamaïque vient même de nous dépasser par son cumul de médailles d’or en athlétisme. La plupart des espoirs ont déçu ou n’ont pas rempli leurs ambitieux objectifs : c’est à des inconnus du public que les plus belles prouesses sont à attribuer. Les prochains à devoir subir une nouvelle pression en vue des JO de Londres, en 2012.

Mercredi 27 août, 22h51
Qu’une personnalité politique de la stature de Gorbatchev s’inquiète du risque de « cataclysme mondial » suite à la reconnaissance, par la Russie poutino-medvedevienne, de deux bouts du territoire géorgien, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, qui ont proclamé leur indépendance, laisse soucieux, pour le moins.
Il y a quelques années, je confiais ici mes craintes d’un surgissement, sans qu’on s’y attende, tout focalisés que nous sommes sur la lutte antiterroriste, d’un coup de force étatique selon la bonne vieille méthode de la revendication territoriale suivie d’intimidations à l’adresse de la communauté internationale. Réaction de celle-ci à l’aune de son inefficacité consubstantielle : du virulent verbeux, mais aucune sanction concrète.

Dimanche 31 août
Un peu pâteux après la journée Caclinade à Saint-Vulbas. Une centaine de convives de midi à quatre heures du matin pour les plus noctambules. Je n’ai pu échapper à un final grognon, en retrait, où ne comptait plus que le rejet et l’ignorance du contexte. Rien à tirer de mon sale caractère : je me suis alors isolé pour une marche purgative.

Mercredi 3 septembre
23h21. Kahn a raison : nous reprochons à la Russie ce que nous avons entériné et soutenu avec le Kosovo. Cette tendance à l’émiettement de territoires, au nom de revendications ethniques, peut très vite dégénérer et engendrer des radicalisations en chaîne.
Nous voilà donc revenu aux tensions traditionnelles avec succession de déclarations jusqu’aux boutistes et d’hypocrisies diplomatiques. Côté Russe, une propension à hausser le ton pour marquer sa condescendance de grande puissance figurée. Côté Union européenne, l’absence d’unité de position, sauf pour les évidences et les portes ouvertes. Les ronds de jambe européens répondent bien timidement aux claquements militaires des semelles russes. L’œil rivé sur nos approvisionnements énergétiques, nous ondoyons nos mises en garde pour ne pas braquer trop brusquement l’immense voisin.
Pour s’évader de ces miasmes internationaux, revenons vers la musique : ce soir, vu un documentaire revigorant, Happy birthday Jazz in Marciac. Demain soir, Coldplay sur scène…

Vendredi 5 septembre, 1h42 du mat.
Fourbu, les gambettes à plat, mais toujours imprégné des ondes sonores du quatuor anglais. Il a fallu passer sur les conditions étouffantes, surchargées, aux têtes et hauts corps entravant le regard, mais le rendu des artistes en valait très largement la peine.
Chris Martin s’essaye à quelques mots en français et dévoile ses goûts de pianiste pour, entre deux morceaux, jouer quelques notes de… Satie ! Incroyable ! Mon préféré, et de loin, en musique classique interprété par le meneur de Coldplay.
Le point fort de leur show : avoir su allier la profusion technologique en sons et lumières, en projections et effets divers, avec des instants intimistes mêlant piano et voix, gratte et harmonica… Une palette complète sans fausse note.

Samedi 6 septembre, 0h18
Je vais devoir me remettre à flot d’actualité, au plus tard pour le 15 septembre, vraie rentrée pédagogique pour moi, plus prégnante encore le 22 avec le début des préparations aux concours de SPP 2ème classe, lieutenant et de divers métiers dans la sécurité.
Ai retenu de cette fin d’été les traditionnelles universités politiques qui tentent de marquer leur territoire respectif. Le PS patauge encore puisque aucun leader incontournable n’émerge et que la foire aux combinaisons, alliances d’antichambres, aux évolutions de circonstance, est plus riche que jamais. Vraiment l’impression, comme le théorise le prolixe Christophe Barbier, que les socialistes français veulent consolider leur parti d’élus locaux alors que la voie nationale les démobilise ou, plus subtilement, développe leur capacité d’auto-neutralisation.
9h34. Oublié de noter qu’au JT de TF1 du vendredi soir des images du camping de Fontès ainsi que des vignes alentour en charpie ont illustré le sujet sur des orages violents survenus dans l’Hérault. Je m’inquiète pour la maison en construction de maman et Jean ainsi que pour les vignes de l’oncle Paul. Si pour ces dernières mes craintes se confirment, la maison rue de la République, où résidaient mes chers grands-parents, présente quelques dégâts : véranda du premier étage envolée, vitres cassées, pour ce que l’on sait… L’atelier de Liliane et Paul jouxtaient la véranda : j’espère qu’aucune de leurs œuvres n’a subi de dommages. Affective pensée pour eux deux.

Dimanche 7 septembre, 23h18
La dernière semaine à caractère administratif s’amorce pour moi. Le pédagogique reprendra sa charge pleine pour de longs mois. Il était donc temps, pour être encore disponible, d’avoir quelques entrevues amicales. Le cas dès lundi soir avec un passage à Lyon de Sonia, pas vue depuis au moins deux ans [à vérifier]. Je l’accueille pour la soirée et la nuit, et elle s’en retourne le lendemain à Big Lutèce après avoir eu son audience. Grand plaisir de revoir cette amie connue à la Sorbonne, même s’il ne semble pas y avoir eu de changement positif dans son existence.
Au contraire, la vie d’Elo, que je dois voir mercredi matin pour une balade improvisée, s’élance vers un bouleversement total : un changement de département, une quotidienneté sentimentale et un horizon professionnel à préciser.
Eu un tout petit courriel de Shue répondant à mon mot d’affection : elle semble bien aller. Les années vont passer sans que l’on puisse retrouver cette proximité complice. Quoique l’amitié puisse perdurer malgré l’éloignement, elle se maintient plutôt comme une position de principe sans plus les atours humains attenants. Combien de personnalités perdues de vue et que j’aurais aimé garder à portée d’affection. Finalement, un peu comme si elles étaient décédées. L’absence s’équivaut puisque je ne sais plus ce qu’elles vivent.
Et puis les réamorçages qui font flop ! Exemplaire, celui avec Cécile M. Une entrevue à Lyon qui a finalement eu lieu, mais depuis plus rien. Pire même : une volonté de ne plus reprendre le lien de mon blog principal sur son site refondu. Sa volonté propre ou celle de son concepteur internet qui est peut-être son mari. J’ai donc aussi procédé à un nettoyage en règle. Rien à s’apporter, sans doute. Laisser glisser et ignorer, jusqu’à oublier.

Alors qu’à gauche les têtes socialistes s’étripent, qu’à droite l’UMP suit les consignes de son président de chef, Bayrou s’acharne à la voie insoumise, inclassable, presque iconoclaste ! L’opportuniste Hervé Morin, qui l’a trahi pour se proposer comme ministre, tente aujourd’hui de se distinguer de la masse gouvernementale par une grogne mesurée contre le système de fichage et de renseignements Edvige. Un procédé qui, sur le principe, existait déjà de fait. Encore une magistrale hypocrisie qui va faire s’agiter les oppositions tous azimuts.

Mercredi 10 septembre, 0h37
Une perception quasi léthargique du monde. J’ai beau me forcer, l’actualité ne provoque plus ni colère ni enthousiasme. Comme une banale morosité… jusqu’au refroidissement final. La sinistre, même drolatique, épopée des Bronzées résume les facettes écoeurantes de l’humanité.
16h, bord du Rhône. Dans une heure, petite entrevue gourmande d’Elo chez Nardone. Son départ de Lyon rendra ces moments plus exceptionnels, en espérant ne pas la perdre de vue.
A la veille des sept ans du 11 Septembre, constat de la dégradation des conditions de lutte contre les talibans. Les récentes pertes françaises (dix soldats tués et quelques dizaines blessés dans une embuscade) laissent présager un tribut bien plus conséquent de la France dans l’engagement anti-Al Qaida, à déduire du choix politique d’un renforcement des troupes présentes. Les Occidentaux connaîtront-ils la même humiliante défaite finale que celle des soviétiques dans ces contrées idéales pour la guérilla ?
Beaucoup plus passionnant, le lancement aujourd’hui du LHC (Large Hadron Collider) : l’étude de collisions à la puissance astronomique dans l’infiniment petit pourrait ouvrir quelques portes de connaissances et de compréhension pour l’antimatière, les bosons de Higgs, l’énergie sombre et les particules primordiales. La métaphore d’un physicien pour expliquer le colossal objectif en matière d’énormité et de concentration de l’énergie obtenue : l’équivalent de celle d’un groupe de quatorze moustiques dans un espace « mille milliards de fois plus petit qu’un diptère ». Cette quête des premiers instants de l’univers fascine et devrait éloigner un peu plus des arriérations religieuses, même si certains ont surnommé le boson la « particule divine ».

Jeudi 11 septembre, 22h17

Les Faurisson du Onze Septembre

Bien curieuse complaisance du journal Le Monde envers les négationnistes du Onze Septembre. Voilà le type de commentaire qu’il laisse passer sur son site : « Qui a déclenché la démolition contrôlée des 2 tours du WTC ? Il faut beaucoup de naïveté dans les neurones pour adhérer à la thèse du Bunker sophistiqué dans les grottes troglodytes d'Afghanistan ! Eric Laurent et Thierry Meyssan nous ont mieux éveillé la conscience que Le meilleur des Mondes sur la préparation par les américains eux-mêmes de ce New Pearl Harbour dont la mise en scène est Made in USA » (Jabiru, 11.09.08 à 16h50).
Finalement, le quotidien est à l’image d’un pays qui, juridiquement, a fait son tri entre le révisionnisme insupportable, de facture criminelle, et celui, de bon ton, que l’on peut même aller défendre sur des plateaux-bavoirs de télévision.
Certains confondent l’analyse géostratégique du 11.09, la critique en amont et en aval de l’attaque avec la crétinerie simpliste du complot. L’un des colporteurs de cette fiente intellectuelle, le Jabiru précité, a facilement passé la barrière virtuelle des modérateurs du Monde. Pour cet allumé, bien dissimulé derrière son confortable pseudo, l’attaque contre le WTC et le Pentagone n’est rien d’autre que l’œuvre du pouvoir américain lui-même ! Sept ans après, la crème des cons prospère…
La voie naturelle, si le courage avait quelque droit de cité au côté de leur perversité morale, devrait les conduire à quitter notre univers occidental pour embrasser la cause talibane. Ah, mais j’oubliais : sûrement une bande de Ricains mal rasés ces Talibans. Pignoufs !
Pour prolonger l’imparable logique de ces chevaliers rances : les attentats en Espagne ont, sans aucun doute, été commandés par Zapatero et ceux de Londres par l’empaffé Blair, l’ex croupion de Bush… Et Al Qaida ? Rien qu’un folklore en trompe l’œil…
Ces collabos-là, ceux qui défendent ces thèses, ne risqueront-ils jamais rien sur notre sol ? Nous allons les laisser insulter et traîner dans la merde notre choix de civilisation ainsi que minimiser, voire nier, jusqu’à l’indécence, la responsabilité première des intégristes islamistes ?
Cela m’inclinerait presque à me dispenser de tout sens critique contre l’administration Bush tant il faut se démarquer de ces ordures ordinaires, dérisoires et anonymes. Là, c’est l’instinct civilisationnel qui doit primer toute exégèse des terribles attentats de 2001.

Mercredi 17 septembre
Ambiance de fin d’un cycle économique. Ce que j’avais pressenti dans Coup de pouce… dans l’cul en janvier dernier se confirme un peu plus chaque jour. La réalité de la dégringolade du capitalisme financier atteint une telle gravité qu’elle oblige l’Etat américain à un interventionnisme de type socialiste inégalé par sa proportion.
Si la banque financière Lehman Brothers n’a pas été aidée par la Fed, cette dernière vient de lâcher 85 milliards de dollars pour sauver l’assureur AIG.
Dans cet univers de la rumeur, du panurgisme et de l’opportunisme, chaque entité financière va tenter de sauver sa peau, quitte à sacrifier ceux d’en face…
Ce système de financement anonyme et de marchandisation des créances a atteint son point de rupture. Rien de sain n’en ressort.
Entre les résurgences nationalistes, les coups de boutoir terroristes et la déliquescence du système financier, l’histoire dramatique de l’humanité ne s’est jamais si bien portée.
En France, les officiels, et notamment Madame Coué-Lagarde en charge de l’économie, minimisent l’impact en France de la crise mondiale. La leçon de Tchernobyl n’a pas suffit. Laissons venir la vague destructrice mais, en attendant, restons la tête dans le sable.

Jeudi 18 septembre, 22h46
Saloperie d’anonymat ! En économie aussi il faudrait éradiquer cette déviance qui favorise les plus absurdes abus.
Se plonger dans la période florissante qui a préparé le lit du chaos, qui se dessine aujourd’hui, ne peut qu’édifier : des milliers de structures financières accordant à tout va du crédit, ne se préoccupant pas de la capacité réelle, et à long terme, des ménages emprunteurs à rembourser, puisque l’objectif premier de l’organisme prêteur était de se séparer de la créance par la titrisation. Dématérialisées, sans identité, ces créances mutées en obligations ont pu ainsi infecter l’ensemble du réseau financier.

Samedi 20 septembre, 0h35

Les Gras Sous
Il est une étonnante contrée qui concentre le pire des comportements humains. Les occupants, durables ou éphémères, s’amoncellent en grappes bruyantes, succombent aux rumeurs, cultivent le grégarisme et en surajoutent dans l’effet d’entraînement vers les cimes ou les abysses.
Je n’ai jamais investi volontairement un kopeck, un franc ou un euro dans cette sphère interlope où gesticulation vaut action, coup réalisé vaut engagement et arrivisme vaut ambition. Je m’en pare comme la plus digne des décorations, là où nombre s’encanaillent à miser sur telle ou telle valeur, participant de fait au dévoiement du capitalisme.
Cette contrée, donc, cumule les tares, les innommables et mobilise pourtant les plus puissants centres financiers pour la sauver de sa logique déliquescence. Ahurissant. Comme le coprophile se repaît de sa matière répugnante, la foultitude d’organismes financiers reçoit les perfusions nourricières des banques centrales. Surtout qu’ils poursuivent ce jeu avec tous les produits anonymes.
Mille milliards de dollars : pas une nouvelle insulte du truculent capitaine Haddock, mais l’estimation de ce que va coûter la récupération des déjections titrisées. Quelle autre cause pourrait, à cette hauteur astronomique, mobiliser de tels fonds ? L’environnement en perdition, les populations africaines aux abois, la lutte contre les fléaux naturels, la recherche fondamentale, l’aide à la création ? Non. Tout ça, juste pour quelques centaines de milliers d’obscurs joueurs sur marchés qui s’entraînent les uns les autres dans un infernal yo-yo. Ecoeurant.

Mercredi 24 septembre, 22h18
La charge de travail alimentaire a repris sa place avec sa nécessaire plongée dans l’actualité.
Amusant paradoxe : parmi les aspirants Lieutenants SPP, qui relèvent de la fonction publique territoriale, une jeune femme avoue son regret qu’il n’y ait pas eu de révolte généralisée, comme un certain Mai 68. Pas la première qui me tient ce discours, avec des motivations à l’inverse du « changer la vie » de nos aînés. En 2008, la source des ires tient dans la baisse claironnée du pouvoir d’achat. Comme si une grève générale en France pouvait avoir une quelconque influence sur les prix de vente. Foutaise de matérialistes obsédés par leur capacité à consommer ! Minable et irréaliste.

Vendredi 26 septembre

La revanche du pire
L’air gourmand de certains anticapitalistes qui, enfin, tiennent leur revanche après l’évacuation de l’idéologie criminelle qu’ils soutenaient aux temps de la Guerre froide, n’augure rien de bon.
Cette nuit, le premier débat Obama-McCain ne pourra éluder la crise financière majeure. Si, effectivement, le « tsunami financier » (expression d’Attali) emporte l’économie américaine, l’Europe, l’Union européenne plus précisément, n’aura pas d’autre choix que de construire un nouveau modèle de croissance.
L’inquiétude doit nous tenailler si se dessine comme première puissance, dans un premier temps qu’économique, mais pour la suite militaire, un Etat autocratique. La résurgence des nationalismes, des appétits croisés et des virulences provocantes pourrait faire revenir au premier plan une violence étatique que d’aucuns voulaient croire révolue. Lorsque le regard se concentre sur le terrorisme, il néglige les menaces traditionnelles. Une crise financière qui dégénèrerait en crise économique mondiale favoriserait les stratégies agressives.
Que sait-on réellement de l’objectif des pouvoirs chinois, russes, etc. ? Rien, en dehors des postures officielles. La circonstance exceptionnelle d’un effondrement américain pourrait aiguiser des appétits jusqu’alors bien dissimulés.
Par ces quelques réflexions, je n’excuse en rien les dérives capitalistes. Dès le 18 août 2007, j’écrivais, dans mon Journal, sur la crise des subprimes. L’occasion d’insister sur le crétinisme comportemental de certains milieux financiers, avec ses rumeurs délétères et son suivisme amplificateur :
« Parc désert, étendue d’eau paisible, si loin des agitations boursières. Le libéralisme à tout prix, étendu à l’économie virtuelle, connaît sporadiquement ces hoquets, décrochages qui paniquent les détenteurs de titres. On peut être pour le capitalisme, sans réserve, et considérer comme caverneuses les hystéries de la finance mondiale.
Internet a eu sa bulle boursière inconsidérément gonflée pour, un beau jour, ruiner les plus aveugles. Depuis, pourtant, Internet grandit toujours, tel un univers en expansion, et fait la fortune des plus avertis. La marque Google n’est-elle pas reconnue comme la plus chère du monde, avant Microsoft et Coca Cola ? Les pionniers de cette dimension du réseau mondial n’avaient donc pas tort de croire aux potentialités économiques du système virtuel, mais le grégarisme amateur a fait imploser les valeurs attribuées à des milliers de jeunes pousses du Net.
Si on doit pointer l’inconséquence d’organismes financiers atteints de prêtite aiguë, si l’on doit soupçonner les agences de notation des émetteurs d’emprunts, au mieux, de s’être vautrées dans la complaisance, au pire d’avoir masqué les difficultés de ces établissements qui les financent, on ne peut se limiter à la stigmatisation des boucs émissaires qui évitent de s’interroger sur la tare consubstantielle.
Aujourd’hui, toute la complexité des causes des baisses boursières ne doit pas occulter la simplicité dérisoire du suivisme, de l’amplification des rumeurs, de la méfiance soudaine, du chaos cultivé. De vraies grossières ficelles psychologiques qui déterminent, et c’est là le point inquiétant, une bonne partie de la santé économique mondiale. Poupées gigognes non décoratives, plutôt du genre affligeant, où la tête d’épingle incommode le tout.
Comme souvent, ce n’est pas le système qui présente des vices, mais les vices humains qui dénaturent le système. Primaires de Cro-Magnon pour encore longtemps, nous sommes. »

Lundi 29 septembre, 22h20
L’alliance des contraires a permis le rejet du plan d’Henry Paulson, le secrétaire au Trésor américain. Entre les jusqu’aux boutistes du libéralisme qui prônent la purge naturelle du marché financier et les dénonciateurs d’un choix qui vise à sauver les possédants sans se préoccuper des expulsés de l’immobilier, la majorité de rejet a été atteinte.
Les analystes n’envisageaient pas l’hypothèse d’un tel refus. Si jeudi un nouveau vote n’entérine pas la stratégie Paulson, la ronde déliquescente s’engagera dans un tourbillon destructeur de richesses.
Pourrait-il y avoir conjonction des chaos entre l’implosion du système financier et des attaques hyper terroristes ou étatiques ? Espérons que non… Que la barbarie soit limitée. La récession est déjà là, avec son cortège de sacrifiés.